Je comprends ce que les gens disent. C’est pénible, je n’en ai pas l’habitude. Je déteste ça. Les gens parlent, j’entends sans avoir besoin d’écouter et je comprends. C’est infernal. J’ai l’impression de me mêler de ce qui ne me regarde pas. D’ailleurs ça ne m’intéresse pas, je ne veux pas savoir. Je le disais l'autre soir, vous n'êtes pas très intéressants. Mais je ne vais quand même pas me boucher les oreilles pour vous faire plaisir. Ca serait bien trop facile. Et malgré moi, je n'aime pas la facilité. Ca vous fait sourire, n'est-ce pas ? Moi qui passe mes journées dans mon lit en chaussons à traîner mes pieds d'une pièce à l'autre - ô que vive la jeunesse ! -, moi, qui, on pourrait le croire, sois faignéante et recherche cette facilité, et bien non ! Je ne suis pas ainsi faite. Alors pour me distraire par moment de mes journées insipides, j'ouvre mes écoutilles, enregistre vos conversations dans mon cerveau.

Mais comble de l'horreur, je ne trouve rien d'intéressant à vous écouter. Pourtant, j'entends ! Ca parle dans tous les sens, ce brouhaha. Infernal. Et le pire de tout, je dois bien me l'avouer, c'est que je vous comprends. Toutes les langues parlées s'immergent en moi et mes yeux sont hagards.

Non, moi, ce que j'aimerais réellement, ça serait le silence absolu de vos bouches hideuses, ou alors ne pas comprendre vos mots. Me fermer les oreilles face à vos injonctions. Ne pas vous écouter. Ne pas entendre. Ca, serait vraiment le pied !

Vous taire !

Je baignerais alors dans un cocon parfait où seuls les bruits que j'entendrais seraient ceux que je souhaite.

Ô qu'il serait plaisant de pouvoir vous dire "fermez la je ne vous écoute pas je ne veux pas". Mais rien ne sort non plus de ma propre bouche. J'esquive. Je suis lâche. Je m'enferme. Je me coupe de vous. Volontairement. C'est mon choix (la bonne vieille émission de télé). Ouais !

Dans le fond, je suis peut-être une fille facile... Vous aimeriez le croire n'est-ce pas ? Je ne suis pas votre kleenex, allez parler ailleurs de vos bêtises quotidiennes, elles ne m'interpellent pas. Je suis au-delà de ça, de vous, de moi, même ! Je vis au-dessus de moi et parfois, je me fais pitié. Quand je vois avec quelle facilité je tends mon oreille sur vos lèvres. Il serait pourtant plutôt recommandé d'être farouche avec vous.

Un jour, je me prendrai en main.

Un jour, je deviendrai ermite.

~ Oreille ~ I'll kill her ~ Soko