"Je n'ai plus l'habitude de travailler en entendant des sons humains autour de moi."

C'est ce que j'ai entendu l'autre fois. J'avais regardé la personne d'un oeil vitreux pour ne pas dire bovin. Puis j'ai compris. J'aime le silence, je crois qu'on l'aura compris. Mais il y a pourtant des instants où les bruits me sont agréables.

Comme ce soir, par exemple.
Il joue à un jeu dont j'ai renoncé depuis longtemps de retenir le nom ou de comprendre les règles. Mais lui il pianote sur son ordinateur comme si c'était le plus fabuleux des instruments. Ces touches s'effacent même parfois sous la forte pression qu'il exerce sur elles. Mais il les connaît par coeur, il y tape les yeux fixes sur son écran qui bouge dans tous les sens, une main sur sa souris à la lumière électrique.
C'est perturbant un temps, puis on s'y fait. Parfois je sursaute en même temps que lui lorsqu'il pousse un cri de défaite ou qu'il rit. Oui, parce que, je n'ai pas précisé, mais il joue avec un casque sur la tête qui le relie au merveilleux monde de ses mais connectés au même jeu. C'est assez marrant de l'entendre parler tout seul alors que moi je m'enferme dans une bulle de silence. Le salon est rempli d'une voix qui interpelle des personnes que je ne connais aux prénoms masculins. Amusant d'entendre leurs rapports humains. Se crier après, s'engueuler, rire, se conseiller, s'ordonner, se raconter les dernières news.

J'aime ce son, cette voix concentrée ou amusée. Elle m'accompagne. Elle est présente sans être là pour moi. Je crois que j'aime bien ce sentiment. Partager quelque chose d'infime entre deux lampes allumées aux lumières tamisées, chacun sur un ordinateur, ne se parlant pas, mais étant là par le corps et la voix. Pas obligé même de le comprendre. Suffit de savoir que ce n'est pas à moi qu'il s'adresse. Parfois c'est un peu destabilisant ou gênant. L'impression de rentrer dans sa vie de manière trop brutale, d'être une voyeuse par les oreilles (une oreillette ?), mais je ne pense pas, c'est pourquoi je ne vais pas retranscrire ici ses paroles, ça serait bafouer notre soirée douillette.

Alors il est certain que lorsque j'ai entendu cette phrase, l'autre fois, je l'avais trouvée étrange et un peu déplacée. Mais je comprends.

~ Oreille ~ Born in 1979 ~ Worm-Eaten Backdoors