17 octobre 2007
Je le dis quand même
Je pourrai vous parler de mon déménagement, mais à part dire que je fais des cartons, qu'on m'achète des nouveaux objets, que je fais des courants d'air dans ma tête, ce n'est pas bien intéressant.
Je pourrai vous parler du numéro 11, mais je serai trop tentée de m'énerver et ce n'est pas bon pour les courants d'air, ça fait claquer les portes après. Je peux juste dire que lui et moi on ne s'aimait déjà pas beaucoup, pour cause de combinaison de chiffres impairs, mais j'avoue que maintenant, je ne vais lui donner que de l'indifférence après un mépris innomable...
Je pourrai vous parler de la lettre que je vais écrire aux Inrocks pour leur expliquer pourquoi je me désabonne. Premier indice : cette nuit j'ai cauchemardé que leur prochaine couv' était cette débile Kate Moss. Mais faudrait ne pas en rire et surtout ne pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Si ça arrive, je vous fais un tirage de carte gratos !
Je pourrai vous dire que quelqu'un se fiche de moi, que ça fait mal d'être prise pour être autre chose qu'on voudrait être. Mais là encore, ça n'aurait pas grand intérêt. Si ce n'est de se plaindre en diagonal.
Je pourrai aussi vous parler de mon idée d'écriture, mais je préfère la garder pour moi, la tester, l'emmener au bout, voir ce que ça peut donner, voir si j'y arrive, voir si ça peut m'occuper aussi, voir si ce "don" que tout le monde me donne veut dire quelque chose pour moi, et surtout si je peux en faire quelque chose.
Je pourrai aussi vous parler de la voix de velours de Victoria Tibblin, mais franchement, j'ai pas que ça à foutre de vous conseiller en musique et je m'invente pas critique musical pour les beaux yeux de mes quelques lectrices. Vous n'avez qu'à écouter vous-même, bande d'enfants qu'il faut sans cesse prendre par la main.
Je pourrai aussi vous dire que je ne suis plus qu'à moitié agacée contre les autres, c'est bien trop fatiguant et puis ça ne change rien, si ce n'est que j'ai besoin de dormir plus pour mes pauvres nerfs malmenés.
Je pourrai dire que je vais retourner plus régulièrement au cinéma, et acheter moins de disques, parce que plus rien ne me plaît, ceux que j'ai dans mes étagères me suffisent pour l'instant.
Je pourrai vous dire que les courants d'air, c'est la plus jolie chose qui me soit arrivée ces derniers temps.
~ Oreille ~ Don't leave ~ Victoria Tibblin
Clermont-Ferrand photos
ho
06 octobre 2007
Colérique - mode d'emploi
Je n’ai pas de mot. C’est rare. Mais c’est ainsi. Ma colère est au-delà des mots. Je me suis beaucoup asséchée ces derniers temps. De ne rien foutre. Apathie. Inertion. Engourdissement. Autant de synonymes qui me résument si, trop ?, parfaitement. Il ne me reste que ma colère. Contre les autres, mais elle s'échoue contre les récifs voleurs d'enfance au pluriel. Alors il ne me reste, au décompte final, que ma colère pour moi-même.
J'ai toujours été duale. A prendre avec des pincettes entre ma colère et mon indifférence. Certains, cela les fait rire, la vitesse avec laquelle je peux passer de l'un à l'autre. Mais, moi, je trouve cela crevant et pathétique. Je suis pleine de colère contre moi, donc. Ainsi, on dirait pas. On pourrait croire que je suis sereine, posée et tout le bataclan. Loin de moi l'idée de vous tromper (quoique, c'est l'une de mes passions), mais il est pourtant clair que je suis une vraie hystérique (au sens clinique du terme).
Certes ne parlons pas de certaines personnes que je regarde avec un air ahuri, tant là ce sont eux les pathétiques humanoïdes. Je me pose parmi eux, au milieu de leurs mouvements, et je reste stoïque, ne regardant qu'une seule chose à la fois. Je suis sceptique dans ces instants là (je ne sais si vous vous rendez compte que je vous donne les codes pour me comprendre un minimum). Je me sors généralement une cigarette de ma poche, et je fume comme une pétasse, simplement parce que je m'ennuie. Lis ça petite fille de luxe, comprend dans quel état je me mets lorsque je te croise. L'ennui face à tes yeux de fausse excentrique. Je me joue de toi. Je joue le rôle de la victime et puis je retourner le tout dans un sens inverse et tu te sens mal à l'aise. J'ai gagné, encore une fois. Simplement en étant statique. Tu ne sauras pas que je parle de toi, je ne ferai pas deux fois la même erreur (oui, je l'avoue, j'ai fait une erreur face à toi, j'étais trop sûre de moi), peut-être même ne me liras-tu pas. Mais qu'importe. C'est mon état de somnolence, de veille interne.
Et d'un autre côté, il y a les pétages de plomb en bonne et due forme. Mais ils sont, là aussi, calculés. Je me mets dans une rage telle contre moi-même que cela vous impressionne un minimum pour ne pas dire un maximum, et je me gausse de vous sous mes éclairs lumineux. Peu de paroles, répéter toujours la même chose, une phrase courte. Signe absolu de la perte des moyens. Fausse indication, c'est moi qui mène le jeu. Rougeur aux joues pour un peu d'animation. Un claquage de porte, ça fait toujours son petit effet. Mais sachez ensuite que je me retourne dans votre dos et que je suis prête à m'écrouler. Car je me dégoûte de réagir ainsi. J'ai beau me répéter que vous n'en valez pas la peine, je m'use les batteries à me le seriner mais cela ne m'empêche pas de réagir de la même façon à chaque fois que vous marchez sur mes plates bandes ou que vous ne vous conduisez pas comme je le souhaitais. Mais peut-être vaut-il mieux cette réaction de ma part, vous m'êtes alors moins indifférents. Je ne sais pas. J'hésite encore.
Mais mon personnage est parfaitement huilé.
Pour preuve, je finirai bien par l'avoir. Hum, ça soulage... Explications ? Contradictions. Se la jouer fine. Ce n'est pas donné à tout le monde.
~ Oreille ~ Babylon boy ~ TT21
05 octobre 2007
La voix d'à côté
"Je n'ai plus l'habitude de travailler en entendant des sons humains autour de moi."
C'est ce que j'ai entendu l'autre fois. J'avais regardé la personne d'un oeil vitreux pour ne pas dire bovin. Puis j'ai compris. J'aime le silence, je crois qu'on l'aura compris. Mais il y a pourtant des instants où les bruits me sont agréables.
Comme ce soir, par exemple.
Il joue à un jeu dont j'ai renoncé depuis longtemps de retenir le nom ou de comprendre les règles. Mais lui il pianote sur son ordinateur comme si c'était le plus fabuleux des instruments. Ces touches s'effacent même parfois sous la forte pression qu'il exerce sur elles. Mais il les connaît par coeur, il y tape les yeux fixes sur son écran qui bouge dans tous les sens, une main sur sa souris à la lumière électrique.
C'est perturbant un temps, puis on s'y fait. Parfois je sursaute en même temps que lui lorsqu'il pousse un cri de défaite ou qu'il rit. Oui, parce que, je n'ai pas précisé, mais il joue avec un casque sur la tête qui le relie au merveilleux monde de ses mais connectés au même jeu. C'est assez marrant de l'entendre parler tout seul alors que moi je m'enferme dans une bulle de silence. Le salon est rempli d'une voix qui interpelle des personnes que je ne connais aux prénoms masculins. Amusant d'entendre leurs rapports humains. Se crier après, s'engueuler, rire, se conseiller, s'ordonner, se raconter les dernières news.
J'aime ce son, cette voix concentrée ou amusée. Elle m'accompagne. Elle est présente sans être là pour moi. Je crois que j'aime bien ce sentiment. Partager quelque chose d'infime entre deux lampes allumées aux lumières tamisées, chacun sur un ordinateur, ne se parlant pas, mais étant là par le corps et la voix. Pas obligé même de le comprendre. Suffit de savoir que ce n'est pas à moi qu'il s'adresse. Parfois c'est un peu destabilisant ou gênant. L'impression de rentrer dans sa vie de manière trop brutale, d'être une voyeuse par les oreilles (une oreillette ?), mais je ne pense pas, c'est pourquoi je ne vais pas retranscrire ici ses paroles, ça serait bafouer notre soirée douillette.
Alors il est certain que lorsque j'ai entendu cette phrase, l'autre fois, je l'avais trouvée étrange et un peu déplacée. Mais je comprends.
~ Oreille ~ Born in 1979 ~ Worm-Eaten Backdoors
04 octobre 2007
Un mari
Ce matin, entre Adler et Duhamel, l’immuable créneau de ma douche d’avant départ au boulot, agitant mes mains ensavonnées je fais tomber mon alliance.
Je la remets aussitôt mais avec beaucoup de difficultés qui me seront l’occasion de plusieurs vagues d’interrogation lors des minutes et heures suivantes, du séchage aux rebutantes tâches journalières et néanmoins professionnelles. Est-ce parce que j'ai maigri que ma bague s'est échappée ? Question idiote s'il en est, j'ai tout de même fait un tour sur la balance. Non, pas un gramme en moins. De toute façon cela fait bien longtemps que je n'ai pas changé de taille de jean...
C'est en prenant mon café, debout, comme voulant aller plus vite durant les dernières minutes d'un départ, qui, je le sais, sera in extremis, que je vois une solution à mes questionnements idiots. A ce même instant surgit en caleçon la personne qui régit mes nuits. Mon mari... Il sort toujours quelques minutes du lit avant mon départ pour me dire au revoir, et je le soupçonne de se recoucher ensuite. Enfin, toujours est-il que je le vois ce matin, le nez dans mon café et je m'interroge.
Ces interrogations sont connues de toutes femmes possédant un mari. Nulle envie de retranscrire ici ces élucubrations grivoises et inutiles. Mais pourtant, ce genre de pensées ne me lâchent pas de la journée. Jusqu'au soir où je le revois et ce surnom que je trouvais doux de Mari se trouve être à mon étrange impression fort déplacé voire même abscons de toute réalité.
Je regarde ma main, ce soir, en me démaquillant face au miroir. Aucune alliance ne se trouve à ce doigt gauche (maladroit ?)... Serait-ce une illusion que toute cette histoire de mariage ?
Je crois qu'en fait, c'est la seule question qui vaut vraiment le coup d'être posée... Mesdemoiselles.
Insipide
Je vis entre quatre murs et un balcon. Parfois il y a un peu de vent, du soleil, ou de la pluie. Comme partout ailleurs. J'ai des nouvelles de l'extérieur. Mais ça me semble être un autre espace temps que le mien. Je n'ai plus de temps, à vrai dire. C'est assez banal, assez bancal, de dire que tous mes jours se ressemblent. Mais c'est pourtant une certaine vérité. Je vis derrière un rideau jaune. Je n'ai aucune occupation.
Je me coupe la frange. Je nettoie mes lunettes. Je me brosse les dents. Je prends une douche. Je me sers un café un thé un jus d'orange. J'ouvre un paquet de dragibus. J'ouvre le frigidaire. Je me fais à manger. Je n'ai même pas faim. Disons que ça occupe un minimum.
Tant d'occupation ! Insipides... Chaque chose futile et inintéressante deviennent mon centre. Me couper les ongles devient la chose la plus passionnante que je fais de ma journée. C'est le but du jour. Ca me prend une heure. Je fais ça proprement. Presque avec adoration. Et pendant une petite heure, je ne pense à rien d'autre. Je ne me dis pas que c'est ridicule. Seulement lorsque je relève le regard dans le miroir. Là, j'y vois rien qu'un goût amer. Et j'ai beau faire une grimace de dégoût, rien ne change.
Je ne sais plus lorsque je téléphone, lorsque je parle à quelqu'un, lorsque j'envoie un mail ou une lettre. Est-ce hier que j'ai mangé des carottes ou il y a trois jours ? Tout se ressemble. Je ne sais pas quel jour je suis puisque tous les jours j'effectue le même rituel épuisant dans son quotidien. J'explose de l'intérieur mais plus rien ne sort.
Tout est fade.
Je me fais l'effet d'un fantôme qui se déplace sous le soleil et que personne ne voit. Pas que vivre sous le regard des autres m'intéresse. Loin de là. Je ne suis pas une fille comme ça. Ca serait même plutôt l'inverse. Ce qui m'insupporte c'est de ne pas vous voir. C'est de seulement vous imaginer.
Ceux qui vont à la Fnac. Ceux qui vont en cours. Ceux qui vont au boulot. Ceux qui se couchent tôt. Ceux qui se lèvent tôt. Ceux qui sourient aux autres. Ceux qui parlent aux autres. Ceux qui vont à des concerts. Ceux qui vont au cinéma. Et puis moi, du fond de mon fauteuil, je ferme les paupières et je ne sais plus si je préfère être ici ou ailleurs.
En fait, pour résumé, je ne fais rien. Je pourrais passer ma journée dans mon lit que ça me ferait le même effet. Mais il doit rester en moi un semblant d'humanité pour me forcer à sortir des draps, à allumer l'ordinateur, à regarder un film, à écouter de la musique, à bouquiner en diagonal des revues. Tout me passe sous le nez. Les Inrocks, la Redoute, Fly, Bricorama. Bientôt ça sera l'annuaire. Sous mes yeux distants qui tournent les pages, lentement, bien trop lentement. Simplement faire passer le temps.
Et encore, même ça, ça m'agace, ça me passe. C'est tout aussi insipide que mes pensées. Moins je vois de monde, plus je le déteste. Lire sans cesse les mêmes critiques dans les Inrocks sur le film de Joy Division ou sur le film de Mia Hansen-Love. Ou dans la rubrique télé, les mêmes critiques sur les mêmes séries de Desperate Housewifes ou Heroes ou les films d'Almodovar. Ou les encarts musicaux sur Yelle ou encore Joy Division, ou M.I.A. ou cette pauvre fille qui n'a pas inventé l'eau tiède de Amy Winehouse, ou même Gossip ou encore Justice et l'indécrottable Pete Doherty. Bref, tout se ressemble là encore. A croire que tout le monde écoute la même chose, faut dire, on nous matraque tellement... Alors, bien sûr, je me tiens au courant de ces "nouveautés" qui n'ont rien inventé de nouveau, si ce n'est la nouvelle marque de jupe pour les filles ou la nouvelle coupe de cheveux pour les garçons.
Tout ça pour dire, que vous ne sortez pas de l'ordinaire. On vous parle de Control, vous y allez, on vout dit d'écouter Gossip, vous écoutez. Et dieu que vous pouvez aimer chialer sur la mort d'un type dont vous ne comprenez pas les trois quarts, ou vous émerveillez devant la fille grosse du moment qui placarde vos étagères. Parce que ça vous fait sentir humains, de ressembler aux autres. Parce qu'alors vous vous ralliez en groupe, entre amis qui écoutent la même chose, qui aiment la même chose, qui se sentent "rock" et surtout prétientieux de vous croire FAUSSEMENT supérieur aux autres. Parce que vous croyez être différents, alors qu'enfin de compte, vous êtes simplement à l'image de ce qu'on attend de vous.
En fait, je crois que vous me dégoûtez un peu.
Vous pourrez penser que je suis aigrie. Non, je me fais juste chier et c'est le meilleur des passes temps que j'ai pu trouver.
Ah si ! Et écouter des vieux machins du genre France Gall ou Gene Vincent. Parce que bon, au moins, c'est vieux de chez vieux (ça c'est de la phrase !), et de nos jours il ne reste d'eux que des copies... Insipides. Je ne vous le fais pas dire !
Mes journées sont tout un programme d'une palpitation surprenante. Ca m'en bouche un coin rien que d'imaginer demain.
~ Oreille ~ Chills and Fever ~ Fabienne Delsol
Et si je peux me permettre d'ajouter que je dédie cette note à ma pomme... Je me le permets...
03 octobre 2007
Fille facile
Je comprends ce que les gens disent. C’est pénible, je n’en ai pas l’habitude. Je déteste ça. Les gens parlent, j’entends sans avoir besoin d’écouter et je comprends. C’est infernal. J’ai l’impression de me mêler de ce qui ne me regarde pas. D’ailleurs ça ne m’intéresse pas, je ne veux pas savoir. Je le disais l'autre soir, vous n'êtes pas très intéressants. Mais je ne vais quand même pas me boucher les oreilles pour vous faire plaisir. Ca serait bien trop facile. Et malgré moi, je n'aime pas la facilité. Ca vous fait sourire, n'est-ce pas ? Moi qui passe mes journées dans mon lit en chaussons à traîner mes pieds d'une pièce à l'autre - ô que vive la jeunesse ! -, moi, qui, on pourrait le croire, sois faignéante et recherche cette facilité, et bien non ! Je ne suis pas ainsi faite. Alors pour me distraire par moment de mes journées insipides, j'ouvre mes écoutilles, enregistre vos conversations dans mon cerveau.
Mais comble de l'horreur, je ne trouve rien d'intéressant à vous écouter. Pourtant, j'entends ! Ca parle dans tous les sens, ce brouhaha. Infernal. Et le pire de tout, je dois bien me l'avouer, c'est que je vous comprends. Toutes les langues parlées s'immergent en moi et mes yeux sont hagards.
Non, moi, ce que j'aimerais réellement, ça serait le silence absolu de vos bouches hideuses, ou alors ne pas comprendre vos mots. Me fermer les oreilles face à vos injonctions. Ne pas vous écouter. Ne pas entendre. Ca, serait vraiment le pied !
Vous taire !
Je baignerais alors dans un cocon parfait où seuls les bruits que j'entendrais seraient ceux que je souhaite.
Ô qu'il serait plaisant de pouvoir vous dire "fermez la je ne vous écoute pas je ne veux pas". Mais rien ne sort non plus de ma propre bouche. J'esquive. Je suis lâche. Je m'enferme. Je me coupe de vous. Volontairement. C'est mon choix (la bonne vieille émission de télé). Ouais !
Dans le fond, je suis peut-être une fille facile... Vous aimeriez le croire n'est-ce pas ? Je ne suis pas votre kleenex, allez parler ailleurs de vos bêtises quotidiennes, elles ne m'interpellent pas. Je suis au-delà de ça, de vous, de moi, même ! Je vis au-dessus de moi et parfois, je me fais pitié. Quand je vois avec quelle facilité je tends mon oreille sur vos lèvres. Il serait pourtant plutôt recommandé d'être farouche avec vous.
Un jour, je me prendrai en main.
Un jour, je deviendrai ermite.
~ Oreille ~ I'll kill her ~ Soko
02 octobre 2007
Déraille
J'ai très longtemps habité près d'un pont SNCF, tout au nord de Paris.
Un pont très noir, qui tremblait au passage des trains de marchandises, un pont que j'aimais.
Comment pouvait-on aimer un tel amas de ferraille, lui trouver un quelconque charme ? Sans aucun doute, je devais être la seule dans ce cas. En tout cas, j'aimais à le croire. De ma fenêtre, je le voyais. La nuit, il se découpait sur la Seine et criait ses bruits, les hurlant dans la nuit sombre. Seul ami de mes nuits infécondes. Je l'écoutais déblatérer ses histoires de trains. Marchandises, voyageurs. Toutes les nuits, une nouvelle histoire. Je n'étais ainsi jamais seule dans le brouillard au bord des quais. En gare. Ou sous le pont.
Une nuit, je m'y étais aventurée, vraiment. Pas seulement en pensées.
J'avais enfilé mes gants blancs en laine datant d'un siècle passé, enroulé mon écharpé violette douce tricotée par ma mère, puis ma veste de pétasse dégageant mes fesses à chaque pas que j'effectuais. Puis, aussi inconcevable que cela puisse paraître, j'ai chaussé mes lunettes noires sur mon nez, mes cheveux blonds virevoltaient sur mes épaules. Dans ma poche, je tirais une cigarette blanche de son paquet noir. Et dans mes oreilles, Vitalic me jouait son électro dansante et tiraillante dans le creux des reins.
J'étais parée.
Véritable fausse icône rock. Je transjouais des allures d'impudeur sous un sourire cynique. Fidèle à moi-même, je m'explorais dans d'autres bouches aussi asexuées que moi. Ce soir, la bouche que je voulais se prénomait nuit noire aux accents de rails traînants. Pittoresque image parisienne. Je m'attendais presque à y retrouver Doisneau capturant l'instant que je lui aurais offert gratuitement sous un flash crépitant. Le brouillard sous forme de gros nuages blancs sous les roues gargantuesques des trains.
J'étais donc en-dessous de ce pont qui m'accompagnait lors de mes insomnies récurrentes. D'habitude je préférais juste m'accouder sur la balustrade de ma fenêtre, mais ce soir je préférais l'aventure glauque de ce lieu suintant la débauche. Je voulais y voir des hommes fricottant aux bords des berges, je voulais être dans un livre de Cyril Collard. Je voulais y voir des lames de couteaux dont les visages de leurs propriétaires m'auraient été cachés, mais je les aurais imaginés sans peine. Des visages furibonds, élimés dans la force de l'âge, de belles cicatrices aux mentons relevés fièrement. Je voulais y voir des bas délaissés sur des chevilles brunes et fines.
Il y aurait eu un silence et comme un film de David Lynch, je me serai avancée dans cette marée de bras, de jambes, je n'aurai plus souris, j'aurai simplement retrouvé une place qui je le croyais, m'appartenait. La fange. Des anges. Noirs. Serge Gainsbourg me suivait. C'était évident. C'était récurrent. C'était moi.
Et parmi toutes ces références, j'aurai hurlé, cri perçant. Mais personne n'aurait entendu car au même instant un train serait apparut. Cinglant l'air de sa vitesse. Balayant les ombres froides d'un mouvement de flash assourdissant. Il nous aurait tous figés. Statues édifiantes d'une nuit parisienne sous un pont à l'abandon des yeux, sauf des miens.
Depuis cette nuit là, ayant peur de me retrouver mécaniquement sous ce pont, j'ai toujours fermé mes volets, ma fenêtre, mes rideaux. Le pont n'existait plus. La nuit n'existait plus. Le train n'existait plus. Le silence était redevenu constant.
Mes tentations ne virent jamais le jour.
J'ai déménagé la semaine suivante.
~ Oreille ~ No Fun ~ Vitalic
01 octobre 2007
L'objet-miroir
On m'a prêté aujourd'hui un petit gadget avec lequel j'ai pu faire mumuse durant un peu plus d'une heure. Bien que je n'aie évidemment pas eu le temps de le détailler sous absolument toutes ses coutures, je dois reconnaître avoir pris pas mal de plaisir à le manipuler. C'est un petit gadget qui permet, si j'ai bien compris, de remuer les sentiments, les émotions des gens dans tous les sens.
J'ai testé sur moi.
Sans cesse il bouge en moi. Il suffit de l'avaler et d'ensuite ouvrir les yeux pour voir. Voir ce que je serais devenue si...
J'ai mordillé le siège rayé vert gris dégueulasse devant moi.
J'ai donné des coups de pieds dans le bas du siège.
J'ai mordu le gras de ma paume.
J'ai hurlé à cette connasse de fermer le clapet de son clébard sinon je lui destroyais le ciboulot.
J'ai piétiné le portable d'une poufiasse qui crachait sa musique à tue tête dans le train.
Puis on m'a pris l'objet des mains.
J'ai été éjecté au fond du siège.
Merde, je suis un monstre.
A double tranchant. Ce que je suis, ce que je montre. Mes pensées les plus inconcevables me reflétaient à la gueule par cet objet mignon. Oui, on peut dire d'un objet qu'il est mignon. Ses formes sont rondes ovales, il tient donc parfaitement dans le creux de la paume, comme un galet plat froid sur lesquels nos doigts se rétractent lorsqu'on s'agace.
Sous mes agacements de me voir percer à jour, le petit objet a vibrer, j'ai tenté de m'en écarter en crabe, les yeux exhorbités, telle la folle que je suis. Mais il m'a poursuivi. J'ai hurlé des insanités. Il m'a révélé.
Je suis en réalité une vraie connasse. Je vous méprise. J'aime le mépris que j'ai pour vous. Il m'alimente. Je vous fouterai des baffes pour ne serait-ce que me déranger. Le silence. Pourquoi ne peut-on pas respecter le silence, l'intimité des autres ? Est-ce que je viens vous emmerder moi - avant que je ne me mette à hurler bien sûr, mais tout ceci n'est que le résultat de ce que vous me faîtes devenir -, est-ce que je viens vous gonfler avec mes pleurs, mes soucis, ma pince à épiler, mon vibro ? Non, n'est-ce pas...
Comme je le disais alors, je vous méprise. Vous n'êtes que des insectes. Vous vous ressemblez. Pas un de vous n'est dénué de sens. Pauvres petites fourmis. Vous courez. Vous haletez. Vous allez où ? Que je ne vous suive pas... Je ne marcherai pas sur vos pas. Je préfère me mettre en marge plutôt que vous obéir nuque courbée, croupe offerte, sourire charnel.
Alors écoutez bien, sous l'influence de cet objet étrange, qui deviendra mystique et donc que l'on détruira à la cour suprême de la Honte, je vous crache le morceau.
Vous n'êtes rien. Même pas des sous-merdes. Que le serviteur des serviteurs. Vous levez le regard. Que voyez-vous ? Le reflet de l'objet ultime... Il reflète votre âme. Néant. Bouche ouverte sur le Rien.
Vous êtes enfin si beaux dans votre vérité. Peut-être qu'en pantins assumés vous me plairez alors.
Qui sait ?
~ Oreille ~ Angel ~ Massive Attack
Retrousser ses manches
Sinon c'est bien, je trouve des trucs pour m'occuper.
Par exemple faire des calendrier à mon effigie.
Construire un syndicat pour les monstres mangeurs d'enfants.
Regarder mon chat dormir en boule, sa patte par dessus son oeil et son oreille.
Trouver de quoi écrire ici ==>kozeries en dilettante et ça va bien m'amuser je crois.
Et vous, que faites-vous pour pallier à votre ennui ?