15 avril 2009
I'm lost
Je veux plus qu'on me chante cette chanson. Parce que je ne veux pas revenir, je ne veux faire que partir.
05 avril 2009
Dans la rue. 1
Notre héroïne (c'est à dire moi), après trois jours d'absence totale d'air asphixié de la rue, de pose alanguie dans son lit à se prendre la température, de pleurs tout aussi insipides ; a décidé en ce dimanche de sortir le bout de son nez, autre que pour aller chez son frangin manger des pâtes à la carbo préparée par sa chérie de poche. Alors qu'a-t-elle fait ?
On s'en doute, elle a été au cinéma. Un dimanche en solitaire, il n'y a pas grand chose d'autre à faire et c'était bien mieux que d'aller au parc en bas de chez elle pour bouquiner, parce que cela, elle peut le faire chez elle les fenêtres grandes ouvertes sans avoir à sortir et s'habiller même.
Elle a tout d'abord fait une escale à Quick, pour y lire (sic), en attendant l'heure de la projection aux Ambiances. Elle a bien ri lorsque la serveuse lui a rendu son ticket resto. Elle n'a d'abord pas su comment réagir tant c'était absurde de lui rendre avec le ticket de caisse son paiement. Mais elle en a récolté un café gratis !
Ensuite, elle a grillé la moitié d'une cigarette le temps d'alligner trois pas pour changer de rue et s'engouffrer dans la salle obscure qui sent encore le neuf.
Elle y était seule et s'est crue chez elle. Les pieds sur le fauteuil de devant, le corps allongé sur plusieurs banquettes, le rire non contenu, les baillements, se gratter la plante de pieds après avoir enlevé ses godasses.
Un chat, un chat. Léger comme le début de printemps. J'ai les mains qui sentent la poubelle.
Lorsqu'elle est sortie de la séance, elle a préféré prendre les petites rues de la cathédrale plutôt que de se taper la place de Jaude où les enfants feraient rire leurs parents en s'éclaboussant dans les gerbes des fontaines.
Arrivée sur la place de la Victoire, elle avait les yeux froncés par le soleil, une main dans une poche, l'autre sur une cigarette, les écouteurs qui crachaient I'm a Man et elle marchait d'un pas courageux parmis les skateurs.
Elle fut arrêtée par un homme qu'elle avait remarqué venir à elle et sur lequel ses yeux de myope fixaient son tee-shirt des Ramones. La quarantaine, voire plus, la tempe grisonnante, le blouson de cuir défraîchi, le jean noir moulant, les docs aux pieds, le visage joliment frippé par l'alcool sans doute, les mains abîmées, on aurait dit des brûlures de cigarette.
Et un dialogue irréel mais vivifiant. Petit cours sur les Davidoff, parce qu'effectivement il lui demandait une cigarette, un bon point de gagné parce qu'elle affichait sur sa veste de jean's un badge de Gainsbourg, puis une interrogation sur l'autre qui ornait sa poche droite. Ghinzu. Et lui enchaînait sur les Ramones et Motorhead, elle n'a pas compris le rapport entre les deux. Puis Spliff, il habite en face. Il lui demande un euro, ce qu'elle n'a pas sur elle, parce que, dit-elle, je viens d'aller au cinéma. Alors les voilà partis tous deux à donner leurs avis sur la vie de Mastroianni et Deneuve, ce qui en a résulté, somme toute, une bien belle Chiara.
Bref, c'était drôlement rafraîchissant pour elle de se faire accoster de la sorte par un type venant tout droit d'une autre époque, d'une autre vie, comme une espèce de réalité parallèle qu'elle a tendance parfois à oublier à cotoyer des connasses à son taf.
Elle est repartie chez elle avec l'idée en tête de se boire une citronnade, d'écouter BRMC à fond, toujours pour le moment à scander son pas sur I'm a Man. Et elle pense soudainement qu'une seule et même chanson peut avoir différents effets sur une seule et même personne.
Après la fureur, la félicité de l'instant de vie.
03 avril 2009
Chez soi. 1
Notre héroïne (c'est à dire moi) après avoir consulté deux médecins, s'est dit qu'il était préférable de rester chez soi quand on était malade, les jambes en coton qui se traînent tels deux boulets derrière son buste, et les ganglions de la gorge en feu. Soit. Alors que fait-elle ?
Elle se réveille le matin, regarde un film, se recouche, se relève, tourne trois pages d'un livre, prend un efferalgan, une douche, baille devant les toits de sa ville, referme les rideaux, met le chauffage à fond, le baisse parce qu'elle a trop chaud, se recouche, regarde un film, écoute du jazz, a envie de purée mais la flemme de la faire, a envie de fumer mais cela lui donne la nausée, elle joue avec sa bouche, elle reste en pyjama, se recouche. Et dort.
L'après-midi, des gens bienveillants la réveillent mais trop peu pour que cela ne l'inquiète et replonge dans ses rêves et le creux de ses deux oreillers moelleux, un sourire de douceur sur les lèvres d'être si bien dans ses draps chauds.
Elle vit dans un petit cocon auquel le temps n'a aucune prise.
Son frère l'éveille trois fois. Et comme souvent cela lui arrive, quand il est mécontent qu'elle ne réponde pas, étant donné qu'il habite à une porte d'intervalle de la sienne, parfois il se déplace, bougon, en chausson jusqu'à sa porte pour la sonner à l'interphone. Ce qui finit inévitablement par la dresser dans son lit avec un air de tueuse.
Et furieuse, elle décroche l'interphone et hurle dedans "putain, j'vais te tuer !"
Sauf qu'hier, ce n'était pas son frère qu'elle a invectivé de la sorte.
"Mademoiselle C***** ?"
"Euh oui ?"
"L'inspecteur des impôts, je viens vérifier que vous n'avez pas de télévision chez vous."
"Euh oui, oui, je vous ouvre..."
Alors là, faut vous imaginer qu'en un temps record, elle a fermé ses rideaux séparant son lit en bataille du reste de la pièce, qu'elle a troqué son bas de pyjama contre un jean qui traînait sur une chaise, qu'elle a manqué tomber deux fois, qu'elle a enfilé vite fait bien fait un gilet, enfin, croyait-elle que c'était un gilet. Il s'agissait en fait de son manteau. Tant pis, plus le temps de changer ! Elle ouvrit la porte, écouta les bruits dans l'escalier, souffla une seconde et s'attacha les cheveux pour faire disparaître cette chevelure désordonnée par le sommeil. Le tout en riant de la situation.
Puis elle ouvrit enfin sa porte en grand devant l'homme qui se présentait à elle.
Il était aussi essouflé qu'elle. Elle pinça du nez en espérant que cela ne se remarque point trop. Car il faut vous dire, chers téléspectateurs, qu'il puait la vinasse à plein nez, et ne l'oublions pas, notre héroïne était sujette aux nausées depuis deux jours (d'ailleurs, tout le monde la croyait enceinte, mais elle avait juste une gastro). Sur ces entrefaits, elle fait entrer le bonhomme à son domicile et il referma la porte du couloir en disant "faut fermer votre porte tout de même" à quoi elle répondit, logique et sans complexe "il s'agit de la porte de l'escalier de palier en réalité".
"Ah, ah bon ?"
"Oui, oui."
"Bon, je me présente, Monsieur Machin, inspecteur des impôts. - il sort sa carte pour plus d'équivoque - Je suis ici pour vous faire un procès verbal, étant donné que vous avez déclaré n'avoir pas de téléviseur en votre possession. Vous habitez haut, je suis essouflé !"
Elle acquiesce. Elle se fait parfois l'effet d'être une princesse en haut de sa tour que personne ne visite sous prétexte qu'elle n'a ni ascenseur, ni longues tresses à défiler à sa fenêtre pour faire entrer un éventuel Prince Charmeur.
Bref, Monsieur Machin lui fait son procès verbal et n'a absolument pas cherché à savoir si elle dissimulait une quelconque télévision, par contre il ne s'est pas privé, lui, ses joues rouges et son haleine infecte, de lui faire remarquer que c'était tout de même fort dommage de ne pas s'instruire. Elle préféra se taire plutôt que de l'entarter, de toute façon elle n'avait aucune force à déployer, ses muscles étant mort pour ce jour-ci. Il lui demanda tout de même si les livres qu'elle avait, elle les avait tous lus. Elle se fit tout de même ce plaisir de répondre "non, c'est juste pour le décorum."
Au revoir à jamais.