16 mai 2011

I'm a loser baby 2

Bon, bon, bon.
Je n'ai strictement rien à dire et c'est bien le plus emmerdant. C'est toujours aussi ennuyant et pas drôle du tout. Je ne sens rien ou je ne ressens rien c'est du pareil au même. Non seulement je suis spectatrice mais je deviens aussi actrice. Les autres jouent faux des scènes de la vraie vie et moi je regarde d'un oeil morne. Mais de temps en temps je balance une réplique et je repars en coulisse. Je m'ennuie. Sérieusement.
Je passe mon temps à ne rien faire. Ou faire semblant. Des gens bien intentionnés me règleront mon compte par A+B en me démontrant que c'est faux. Mais quelle importance ? Ca n'a aucun intérêt ce que je fais.

Je lis des choses, je prends des notes, soit disant que je prépare un concours. Que je l'ai ou que je l'ai pas, le résultat sera le même. J'en ai pas envie, je m'en fous, je ne sais pas pourquoi je le fais. Sans doute parce que le matin je me lève avec la conviction qu'il faut faire quelque de sa vie, le midi les convictions sont ébranlées et le soir elles sont inexistantes. Et tout ça sans aucune réflexion établie, arguments valables, péripéties intéressantes. Non. Les choses sont là puis l'instant d'après elles n'y sont plus et on ne cherche même pas à savoir pourquoi, on attend de voir si elles reviendront d'elles-mêmes.
Merde, je redeviens passive.

Alors je regarde Cannes. J'aime bien Cannes. Comme dirait mon rôle dans Guitry "Tu sais que le rêve de mon enfance avait été de faire du théâtre, tu sais que j'ai toujours adoré les acteurs". Bon, Cannes, ça me fait rêver, ça me fait toujours verser une larme à un moment donné, ça me donne toujours envie de boxer quelqu'un à un autre moment, ça me donne envie de manger des fraises, de porter des sandales, de me couper les cheveux, de mâcher du chewing-gum, de perdre ma vie dans celles fictives des autres. Ca me donne envie d'espérer que De Niro ne fera pas gagner la Palme d'Or à un documentaire, parce que les documentaires ça me fait pas rêver.
Et puis si je suis déçue c'est pas grave. Tout ça c'est pour du faux, ça compte pas.

Alors ensuite je regarde Roland Garros. J'aime bien Roland Garros. Ca me fait pas rêver parce que je sais pas jouer au tennis, que j'ai jamais su, mais c'est pas grave. Ca m'hypnotise et c'est l'essentiel. Comme le cinéma en fait. Mais c'est limite mieux. Le cinéma je ressens beaucoup de chose, je pleure, je ris, je frissonne, je me calfeutre sous mes draps, bref je vis l'histoire qu'on me raconte et si elle ne m'a pas séduite je me la raconte à nouveau avec ma propre version, en un mot ça fait réfléchir un minimum ou tout du moins les neurones s'entrechoquent et se disent bonjour. Mais Roland Garros c'est le summum de ma passivité. Je ne fais rien, je ne pense pas, je regarde. C'est fa-bu-leux. Deux personnes qui tapent dans une balle sous le cagnard. Je mange toujours des fraises, généralement au mois de mai je fais une overdose de fraise. Et je bois des sirops à la menthe ou à la grenadine, le tout avec une Gertrude en bouche. Je sirote et je glandouille, je marmonne toute seule pour encourager les joueurs et je grogne après les commentateurs. Le plus souvent je me retrouve à couper le son de la télé et mettre la musique à fond, à genoux au sol, le bras en l'air et le poing fermé. Bon finalement je ne suis pas si passive quand je regarde le tennis. Mais ça m'évite de penser à moi.

J'ai horreur de penser à moi. C'est chiant ma vie. C'est fade et pathétique.
Les questions m'emmerdent, elles exigent des réponses, donc une réflexion, donc une pensée. Moi je veux juste tourner les talons et qu'on me foute la paix.
"Comment ça va ?" ; "T'as fait quoi ce week-end ?" ; "T'as passé une bonne journée ?" ; "Tu fais quoi l'an prochain ?" ; "Tu vas faire quoi de tes vacances ?" ; "Tu toucheras combien quand tu seras au chômage ?" ; "Est-ce que tu te brosses les dents avant d'aller te coucher ?" ; "Est-ce que tu manges ?" ; "Est-ce que t'as mal aux pieds ?" ; "Pourquoi tu vas partir de ton boulot alors que t'as la chance d'en avoir un ?" ; "Comment tu vas faire si tu retrouves rien ?" ; "T'as pas l'impression d'être une grosse merde ?"

Tout fout le camp. Je lâche prise.
Je suis prétentieuse, luxueuse, perdante et gagnante à la fois, courageuse et naïve, gentille et méchante, perdue et retrouvée. Je vais vous perdre en route parce que je vous emmerde et je ne le dirai plus tout bas. Le seul intérêt c'est moi, et je compte bien passer l'année prochaine à m'identifier, me trouver, m'attacher, apprendre à dire non.
Après tout, je viens de me faire adopter, ma vie est donc toute neuve, j'ai droit à une renaissance.

 

Posté par Pincettes à 14:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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