N E X T E X I T

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12 juin 2008

J'ai un problème

Non, je ne crois pas que je vous aime, il est bien connu que je n'aime personne.

Non, mon problème c'est qu'il est 9h30 et que j'écoute France Inter. Une interview de Julien Doré vient de se terminer. Alors déjà il y a quelques semaines, j'étais tombée chez Miss Dimitri sur un clip, et j'avais un peu de mal à suivre la conversation que l'on menait pourtant tambour battant, les yeux rivés sur l'écran. C'était déjà un peu la honte. Moi qui ne regarde jamais la télévision, qui est si fière de pouvoir cocher dans ma déclaration de non-impôt que je ne suis pas équipée de téléviseur et donc ne pas payer la redevance audiovisuelle, je suis sous le charme d'un mec qui sort de la Nouvelle Star.
Je peux vous dire que mon égo en prend un coup.

Je vous le demande, est-ce que je dois continuer mon milk-shake fruits jaunes ou aller écouter sur internet une ou deux chansons de ce putain de Julien Doré. Mon Jiminy Cricket a mal aux bourses.

A ma décharge, il reprend Serge Gainsbourg et il cite Arthur H et Christophe. Non, c'est pas suffisant ? C'est toujours la honte sur moi ?
Enfin, j'attends ceux qui vont finir par le comparer à Olivia Ruiz. Allez, on y croit. Je redeviendrai tranquille.

Et en plus j'aime bien le nouveau Coldplay. J'ai été piqué par une bête. Je ne vois que cette explication.
C'est sûr, dans deux minutes je me jette par la fenêtre ou je me pends avec la paille de mon milk-shake.

Peut-être que faire un tour dans la ville rose et entendre des mots me remettra sur pieds.

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24 mai 2008

La mode

C'est effroyable comme j'ai rien à dire.
Si je m'écoutais, je serais encore en train de fustiger tous les cons qui vont au boulot et qui sont sous-payés ; ou bien alors je dirais du mal de ceux qui écoutent Björk pour faire classe parce que c'est "bizarre sa musique quand même, j'aime pas sa voix, mais ça me transcende, je le sens en moi, ça vient, oui, oui, ça vient, ouiiiii, ça y est je suis en Islande !", disent-ils ; ou celles qui s'achètent les dernières chaussures à la mode et qui font les soldes en hystériques du genre "chez Zaraaaaaa c'est puissaaaant mais c'est plus cheeeeeeeer que chez Promoooooood, par contre chez Camaïeu y'a bien plus de choiiiiiiix de coloriiiiiiiis", disent-elles.
Avant (avant quoi ?), j'aurai dit qu'une fille avec un tee-shirt noir et un visage blanc décalqué dessus, un blue jean ou une minu jupe avec ceinture à strass, bottines de cuir ou Converse avec des perles, cheveux broussailles et piercing au nez, et bah, j'aurai dit que c'était cool. Maintenant, je trouve juste ça pitoyable et ridicule. Sauf si c'est sincère. Mais on ne peut pas toutes s'appeler Lisbeth Salander, péter la gueule aux gros porcs avec un club de golf, mini jupe en daim noir, tatoo dans le cou et être asociale au possible. Ce n'est pas donné à tout le monde, non. De porter des chaussettes dépareillées, pas pour le fun, juste parce que c'est la flemme de chercher l'autre moitié. D'être bisexuelle par dépit et par envie passagère, pas pour une certaine mode rock à écouter Cocorosie, Tegan and Sara ou encore Soko et trouver que Shane de The L Word c'est la plus belle femme du monde. En fait, j'aimerai bien être Lisbeth Salander, loin des clichés de la mode.

**

Si tu veux être à la mode en ce moment, d'après les Inrocks, il faut que :
- tu vois le film L'un contre l'autre,
- tu écoutes l'album de Scarleeeeeeeeeet,
- tu aimes Portishead (sinon c'est la peine de mort direct), (d'ailleurs, rien à voir, hier chez le disquaire, un mec demandait de qui était l'album Third, le disquaire dont ce n'est pas son métier parce qu'il doit faire du chiffre pour son enseigne jaune beurk marron, a répondu qu'il allait faire une recherche, je me suis fait un plaisir fou à répondre moi-même au m'sieur à cravate que Third se cherchait dans les P et que même il était en écoute, après il m'a demandé si j'aimais, je lui ai répondu que j'en savais rien, j'avais pas encore lu les Inrocks, je pouvais pas savoir s'il fallait que j'aime ou pas ! Ahah ! Enfin toujours est-il que le disquaire il tirait la tronche... Pas ma faute s'il est incompétent. En plus j'ai fait gagner du temps à m'sieur-cravate-endimanché-je-suis-cadre-et-je-le-vaux-bien. Je suis sûre que c'était pas pour lui l'album, mais pour sa maîtresse de dix ans de moins que lui. Han, les clichés ! Ce que j'aime ça !),
- tu dois aimer la Quinzaine des Réalisateurs.

Et pour ceux qui lisent pas les Inrocks :
- tu peux t'intéresser à Cocoon, même si ça commence presque à être déjà démodé,
- tu dois tout savoir sur Mai 68 et acheter la compilation Cocktail Molotov avec touuuuuuuuuuute la bande son de l'époque !,
- tu dois critiquer le nouvel Indiana Jones,
- tu dois trouver que Cameron Diaz elle a vraiment une trop grande bouche que ça fait peur aux hôôôômmes,
- tu dois te dire que l'été arrive et tu vas pouvoir sortir tes sandales avec tes gros orteils au bout.

**

Je n'ai vraiment rien à dire.

~ Oreille ~ Bang bang ~ Nancy Sinatra

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09 mai 2008

Valeureux petit soldat

Je travaille. Hum, vous ne vous êtes pas trompés. Je travaille vraiment. Je gagne même un salaire au smig horaire. Je me lève tous les matins à l'heure. Et je rentre le soir épuisée. Avec en prime la sensation de ne pas avoir respiré. Ca serait un peu comme d'être dans un blue jean trop petit, le ventre comprimé, le sourire crispé et souffler le soir en détachant enfin le bouton et la fermeture éclaire qui se dézippe seule.
Je travaille. Pas ce simple baby-sitting que j'effectue depuis le mois de décembre. Enfin, simple. Ca ne l'est pas vraiment. Mais je n'ai pas réellement envie de m'étendre sur le sujet pour le moment, j'ai bien trop peur de faire dans la pédopsychiatrie à trois balles.
Non, je travaille !

Bien sûr je fais un boulot de merde. De ceux qu'on n'envisage pas toute sa vie mais qu'on prend tout de même, à défaut d'autre chose, pour soi disant se payer ensuite des loisirs au nom d'une liberté durement acquise au labeur. Foutaise !

Petit soldat se réveille le matin brumeux, cheveux pétards, yeux flous, tatônnant sous la douche à la recherche d'un réveil sursaut-douceur sur fond de France Inter et odeurs de thé aromatisé à la cannelle. Puis s'extirper d'un cocon blanc crépis pour affronter les têtes grises dans le bus 6 et les collégiens piaillant leurs railleries de la veille. Ce n'est pas grave, avec un peu d'argent, petit soldat s'est offert un joli petit mp3 tout blanc qui fait semblant de l'isoler du reste du monde. Après avoir emmené zigoto à l'école et avoir éclusé café et cigarette avec sa mère sur fond de rumeurs du boulottage, petit soldat descend du bus 13 pour se rendre au travail à 9h, saluer quelques têtes et mal de coeur de sourire un peu trop systématiquement, au point de paraître sociable aux autres et même d'une bonne compagnie rafraîchissante pour ce collègue qui joue au poker et qui l'oblige à écouter RMC et Europe 1.
Ca lui fout un p'tit peu la gerbe au soldat de devoir se confronter à ce monde aseptisé où tous sont mariés, pacsés ou concubins, avec une smala de gosse déjà existante ou en cours de projet, où la lesbienne est épinglée comme la fille qui aime le foot mais avec qui il ne faut pas discuter de trop près, par peur qu'en sourdine du bouche à oreille on révèle que tu copines avec elle et que tu peux être du même bord. Ou encore ce mec aux moeurs sexuelles jugées déviantes ou immorales, sous prétexte qu'il trompe sa femme, qu'il va être papa bientôt, qu'il aime se faire sodomiser et se faire fouetter.
Petit soldat ne comprend pas l'intérêt de dévoiler ainsi l'intimité de ses collègues au détour des couloirs et de s'en moquer, mais de faire comme si de rien n'était.
Petit soldat ne doit pas avoir les bonnes cartes en main pour comprendre.

La seule conclusion qu'on puisse apporter c'est que : la connerie rapporte du fric.

Et quand petit soldat ne travaille pas épisodiquement dans cet enfer des vacances bourgeoises, il reste bien vaillant. Dos droit pour les trois jours qui vont suivre de l'inspection de sa pseudo vie par son père biologique. Petit soldat a eu beau bouquiner toute la journée et écouter Bowie toute la soirée, il est pas sûr de lui, et il tremble d'avance d'entendre les critiques pour lesquels il ne se défendra pas. Parce que dans sa tête, il se dira qu'il n'aura pas été assez parfait, et donc, que c'est de sa faute.

Petit soldat s'en va, guerrier aux pas chancelants, traquer les moutons sous son lit et vérifier les ingrédients dans le frigidaire, espérant qu'une bombe ne va pas faire exploser son studio ce week-end.

Compte-rendu lundi soir pour savoir si je suis toujours en vie.
Merci de ne pas compatir.

~ Oreille ~ Cat people (putting out fire) ~ Davie Bowie

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24 mars 2008

A deux pas de chez toi

Je ne sais pas encore si ça me fait du mal, mais ça me coupe l'appétit.

Le parc sonne. Mes voisins rentrent de week-end. Le kebab en bas a des odeurs de friterie jusqu'à mes fenêtres. La lumière est jaune. Je suis étirée.

Tout est à sa place.

~ Oreille ~ Au coin du monde ~ Keren Ann

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03 mars 2008

Le silence de mes conversations

Il est trop facile de ne rien dire. Il n'est pas si facile de faire semblant.
C'est juste la brûlure dans l'estomac, les désillusions et aucun manquement au pardon. Aléatoire. Ou invisible. Numéro de sécurité sociale. Numéro d'identité nationale. Date de naissance. Prénom, vite relégué au terme de rien. Nom de famille bafoué. Il ne représente rien d'autre qu'un passé dont je ne me souviens pas. Juste un déjeuner sur un balcon, des raisins secs dans une salade, du soleil et un paravent de bambou desséché à la balustrade. Puis directement la case des poupées jetées par dessus l'épaule pour faire un tri et déterminer lesquelles habiteront chez maman et celles qui resteront chez papa. Et maintenant on rattrape le temps perdu, j'en ai du temps, en ce moment. Mais j'ai toujours des brûlures dans l'estomac et se retenir de lâcher encore des larmes sur tout cela. Ce ne m'intéresse pas. Non, je n'ai aucun pardon à accorder, ce n'est pas ma faute si je ne connais pas mon père. Culpabilité dérisoire. Inavouable au concerné. Il n'est lui aussi qu'un chiffre. Le premier. Mais les premiers sont les derniers, c'est bien connu. Rouler en seconde. Numéro de compte bancaire. Salaire miséreux. Inconnu au bataillon ces mots étrangers que je ne veux pas apprendre. Je veux partir à Amsterdam ou retourner à Saint-Malo. Je ne veux pas rendre de compte. Je ne veux plus. Ne me racontez plus vos vies, je n'y trouve plus aucun intérêt à vivre par procuration. Je préfère rester dans mes silences, ne plus attendre le coup de téléphone, ne plus le regarder, l'éteindre. Tout effacer. Il n'y a que dans ma tête que les choses sont intéressantes, même si c'est un bordel, en vrac. Casier judiciaire vierge. J'y ai échappée belle tout de même. Ca m'aurait fait rire. Le rire blasé. Tout est à sa place. Chacun chez soi et que surtout on ne dépasse pas les frontières. 4 assiettes, 4 verres, 8 petites cuillères, 1 casserole. 22 mètres carré. Eclairage sophistiqué. Mon oreiller sent bon. Je vais aller m'y cacher dedans.

Je ne suis rien qu'une petite fille capricieuse.

Saint_Malo_008_copie

~ Oreille ~ When I was a young girl ~ Nina Simone

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09 janvier 2008

Ce lieu

Il y a ce lieu dans ma tête. Celui de l'imperfection, de l'imaginaire, de la vérité. Des conjugaisons et des conjonctions nerveuses qui se multiplient pour former des personnages de papier. Exit les mensonges pluriels débités à l'heure toute la journée sur mes actions selon la personne à qui je m'adresse. Qui saura la vérité ? Est-ce simplement un jeu ? Ou un simple moyen de m'éterniser à l'infini ? D'être différente pour chaque personne ? Sentiment de perfection ? Satisfaction ? Ennui ? Dérangée ? Facettes multiples ? Labyrinthe ?
Abstraction totale de ce que je suis. Aucune description possible par moi-même. Décrite pourtant par certains comme étant instable, sans attache, sans coeur mais trop émotive. Tableau dépeint couleurs criades passives sur fond sonore de néant. Ils ne savent juste rien. Pas plus que moi.

Juste préserver ce lieu en moi, ce lieu avec moi, manifeste de ma personne, entouré de jolis mots et jolis sons. Décoré d'aucun mur, un horizon plat sous un ciel bas. Une photographie des villes du Nord. Des mots de Koltès. Ca ressemble à ça chez moi. Champs de coton, draperie de soie grise, pluie martelant les pavés, maisons désertes et chouette hululante. Rien d'autre qu'un silence choisi parmi d'autres propositions soi-disant plus grisantes. Je n'y ai vu aucun avantage. Au partage de mon lieu tenu secret par mes paupières. Et pourtant je voudrais qu'ils sachent avec quelle ardeur je prends le bâteau vers des vagues plates, qu'ils se rendent compte de ma fuite et qu'ils comprennent pourquoi.
Rester sur le bord du lit. En attente.

Cette scène longue de 45 minutes dans un lieu à l'aide physique des jeunes. Les yeux dans le vague, regardant mes pieds, le coeur calme, juste ailleurs. Evasion. Dans ce lieu de ma tête. Ils n'y ont vu qu'une fille triste assise sur une chaise plastique bleue qui attendait. Mais l'attente est ma meilleure compagne. Ce moment où je me consacre à moi-même. Non, ce n'est pas même de l'égoïsme de ma part. Juste un moment privilégié. Je pourrais y rester des heures, assise au sol et voir au loin les autres défiler, travelling arrière et ralenti exagéré en noir et blanc. Le film de ma vie. Et enfin, sourire.
Etre complète, exagérément planante.

Alors si vous voulez me décrire, oui, dîtes que je suis sans attache, sauf mon ancre dans ma tête, dîtes que je suis inconsciente et feignante, peureuse et menteuse, immorale même peut-être. Et peut-être vous n'auriez pas tout à fait tort.
Mais j'aimerais vous suggérer d'ajouter que je suis un peu libre, ça me plairait assez, je l'avoue.

~ Oreille ~ Whistle ~ Brisa Roche

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04 janvier 2008

Rien à dire

Derniers films vus : Inside Man, Je suis une légende, Il faut que ça danse, L'homme de sa vie, A bout de souffle

Derniers films revus : La science des Rêves, Le dîner de cons, Velvet Goldmine, Tout sur ma mère

Derniers disques écoutés : Beirut, Gossip, Banco, Wax, L'histoire de Melody Nelson

Derniers livres lus : Nouvelles de Salinger, Ce siècle aura ta peau de Eudeline, Le nécrophile de Gabrielle Wittkop

Derniers livres achetés : La chambre bleue de Simenon

~ Oreille ~ Sous le soleil exactement ~ Anna Karina

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13 décembre 2007

Prison Break comme dans la vraie vie

Prison Break c'est un peu la série appelant à la lutte pour la liberté. On est enfermé, on se tatoue les solutions sur tout le torse, on gratte la terre, on a des gros bras musclès, on a un cerveau en or, on s'évade, on court, on nous poursuit, on est rattrapé, on est enfermé.
Entre temps il y a des morts autour de nous. Mais ce n'est pas si important, ce ne sont pas les vrais héros de la série. Les vrais héros ce sont ceux qui veulent toujours sortir, qui cherchent des solutions, qui s'accaparent les possibilités des autres à leurs dépens. Ce sont ceux qui parlent le visage vers le sol mais les yeux relevés vers leur interlocuteur, à voix basse pleine de tension retenue. Les vrais héros ce sont ceux qui encaissent en se battant.
Etre enfermé ou libre ce n'est plus une question de barrières dans la saison 3. Burrows est dehors mais enchaîné a une garce frigide. Scofield est à l'intérieur, dans une prison pleine de chaleur de la couleur de la terre battue, il sue, transpire, prend des coups, cache son torse tatoué, pleure et crie.
Il n'y a pas, finalement, de si grandes différences à être à l'intérieur ou à l'extérieur.
Prison Break c'est pas seulement cette série que l'on regarde parce qu'à la fin de chaque épisode surgit un rebondissement dont on veut connaître l'issue. C'est aussi une allégorie cruelle de la liberté. Ce truc après quoi tout le monde court sans l'atteindre. Tous enchaînés à quelqu'un de plus fort qui nous rappelle qui nous sommes, à quel degré on doit avancer, les yeux bandés vers la confiance inconnue. Prison Break fait un peu chier parfois, on s'ennuie parce que l'intrigue n'est pas si intéressante. Parce qu'on la vit tous les jours. On doit la combattre tous les jours.
Alors bordel, donnez-nous de la merde à regarder, des trucs où tout est joli et souriant. Donnez-nous du TF1 surmâché, une rediffusion de Pretty Woman, un jeu où on gagne de l'argent facile. Donnez-nous quelqu'un qui nous dise à quel point la vie c'est facile, et qu'on y croit !

Ne regardez pas la télévision, elle vous regarde.

~ Oreille ~ In the Mood for Love ~ Yumeji's Theme

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01 octobre 2007

L'objet-miroir

On m'a prêté aujourd'hui un petit gadget avec lequel j'ai pu faire mumuse durant un peu plus d'une heure. Bien que je n'aie évidemment pas eu le temps de le détailler sous absolument toutes ses coutures, je dois reconnaître avoir pris pas mal de plaisir à le manipuler. C'est un petit gadget qui permet, si j'ai bien compris, de remuer les sentiments, les émotions des gens dans tous les sens.
J'ai testé sur moi.

Sans cesse il bouge en moi. Il suffit de l'avaler et d'ensuite ouvrir les yeux pour voir. Voir ce que je serais devenue si...

J'ai mordillé le siège rayé vert gris dégueulasse devant moi.
J'ai donné des coups de pieds dans le bas du siège.
J'ai mordu le gras de ma paume.
J'ai hurlé à cette connasse de fermer le clapet de son clébard sinon je lui destroyais le ciboulot.
J'ai piétiné le portable d'une poufiasse qui crachait sa musique à tue tête dans le train.

Puis on m'a pris l'objet des mains.

J'ai été éjecté au fond du siège.

Merde, je suis un monstre.

A double tranchant. Ce que je suis, ce que je montre. Mes pensées les plus inconcevables me reflétaient à la gueule par cet objet mignon. Oui, on peut dire d'un objet qu'il est mignon. Ses formes sont rondes ovales, il tient donc parfaitement dans le creux de la paume, comme un galet plat froid sur lesquels nos doigts se rétractent lorsqu'on s'agace.

Sous mes agacements de me voir percer à jour, le petit objet a vibrer, j'ai tenté de m'en écarter en crabe, les yeux exhorbités, telle la folle que je suis. Mais il m'a poursuivi. J'ai hurlé des insanités. Il m'a révélé.

Je suis en réalité une vraie connasse. Je vous méprise. J'aime le mépris que j'ai pour vous. Il m'alimente. Je vous fouterai des baffes pour ne serait-ce que me déranger. Le silence. Pourquoi ne peut-on pas respecter le silence, l'intimité des autres ? Est-ce que je viens vous emmerder moi - avant que je ne me mette à hurler bien sûr, mais tout ceci n'est que le résultat de ce que vous me faîtes devenir -, est-ce que je viens vous gonfler avec mes pleurs, mes soucis, ma pince à épiler, mon vibro ? Non, n'est-ce pas...
Comme je le disais alors, je vous méprise. Vous n'êtes que des insectes. Vous vous ressemblez. Pas un de vous n'est dénué de sens. Pauvres petites fourmis. Vous courez. Vous haletez. Vous allez où ? Que je ne vous suive pas... Je ne marcherai pas sur vos pas. Je préfère me mettre en marge plutôt que vous obéir nuque courbée, croupe offerte, sourire charnel.

Alors écoutez bien, sous l'influence de cet objet étrange, qui deviendra mystique et donc que l'on détruira à la cour suprême de la Honte, je vous crache le morceau.
Vous n'êtes rien. Même pas des sous-merdes. Que le serviteur des serviteurs. Vous levez le regard. Que voyez-vous ? Le reflet de l'objet ultime... Il reflète votre âme. Néant. Bouche ouverte sur le Rien.

Vous êtes enfin si beaux dans votre vérité. Peut-être qu'en pantins assumés vous me plairez alors.

Qui sait ?

~ Oreille ~ Angel ~ Massive Attack

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30 septembre 2007

Tout est vrai

Je me suis réveillée la bouche pâteuse, un horrible sentiment de fierté pointant dans le coeur, un rire sardonique. J'ai ouvert mes volets violemment. Ils se sont abattus sur le mur puis m'ont claqués dans la gueule dans un retour à l'expéditeur digne du meilleur des boomerangs. J'ai regardé le ciel. Il était gris indéfinissable. Couleur orage bleu éclair. A pas menus je me suis dirigée à la salle de bains. J'ai joué à la fille.

J'ai revêtu un jean slim, des ballerines rouges à points blancs, un tee-shirt blanc moulant avec un visage noir d'une fille aux grands yeux bordés de maquillage. Je me suis identifiée à elle. Puis j'ai allumé une cigarette. J'ai jugé de cet effet. Le blanc mettait en valeur mes petits seins, absence de soutien-gorge. J'ai mouillé mes deux index d'un peu d'eau fraîche, et pinçant mon mégot entre mes dents de devant, j'ai fait pointer ces seins à travers le tee-shirt. Voilà, j'était fin prête.

J'ai attrapé mes clefs posées sur un trépied à l'entré du vestibule, j'ai arraché ma veste en jean défraîchi au porte-manteau, j'ai vérifié que dans ma poche interne j'avais mon portable, mes cigarettes et un vieux briquet orange moche. Puis j'ai dévalé les escaliers, fermé la porte d'entrée d'un coup de hanches, tourné la clef dans la serrure et j'ai couru prendre le bus.

Mince, j'ai oublié de me parfumer !

Puis arrivée à destination, j'ai jeté un geste calculé de la main dans mes cheveux et j'ai tourné les talons dans la première rue qui se présentait à moi. J'ai tout de suite reconnu le dallage clair qui se présentait sous mes pas et j'ai souri bêtement. Telle une fille béate face au futur proche qui l'attend.

helenanog

Bruits de sécateur.
Une voix sèche.
CUT.

Je bois un peu d'eau, je souris. On rembobine la pellicule. Flash back sur travelling.

Changement de scène.

Je ne suis rien de ça, et j'en suis bien heureuse.
En ce dimanche, je ne me suis pas lavée, je suis restée en pyjama, j'ai glandé avec mon frère sur nos ordis, j'ai regardé le Roi Lion, j'ai failli pleurer, j'ai fait du café, j'ai mangé des crêpes du Cantal, j'ai mâché deux chewing-gums, j'ai croqué dans du chocolat au caramel, j'ai écouté de la musique, j'ai passé l'aspirateur, j'ai regardé le soleil décliner derrière l'église.
Et en aucune façon je n'ai eu l'envie d'être une fille partant à un rendez-vous galant. Ne pas se faire jolie, ou alors juste pour l'égo.

Posté par Pincettes à 20:14 - E.x.i.t. - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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