21 octobre 2009
Bucolique
Je pourrai manger des pommes toute ma vie.
J'ai vu un écureuil traverser devant moi dans le jardin ce matin. Le bruit des feuilles qui volent et les branches qui jonchent l'allée.
Le foulard bien serré.
Les arbres oranges.
J'ai la pulsion bien ancrée dans les jambes et le coeur bien fermé.
Etanche.
Je me suis recouverte d'automne.
De pluie.
Transversale.
23 septembre 2009
Ne pas louper la prochaine gare. Deux minutes d'arrêt.
Le monde peut encore une fois s'écrouler.
D'ailleurs le mien s'émiette petit à petit, mais je souris, je danse, je me perds en mots. Je recommence. Je suis une guerrière. Un soldat combattif qui joue des coudes dans la jungle.
Bref.
Je disais le monde peut s'écrouler. Le nouveau Wax Tailor est là. Donc la vie peut me pourrir, mes oreilles restent actives. Et c'est la seule chose qui compte. Ouais, c'est la seule chose qui compte.
16 septembre 2009
Une certaine recette d'un certain bonheur
Je l'avoue. Je ne suis pas une bonne résistante.
Mettez-moi devant un nouveau livre de Serge Gainsbourg.
Donnez-moi ma carte bleue.
Mélangez et vous obtiendrez un sourire, une retenue larmoyante et un coeur gros comme ça. Oui comme ça. Encore plus même.
A cela, rajoutez un bout de finistère.
Epicez avec de la bière, des cigarettes, du café.
Imaginez une vieille photo, couleur sépia, de chiens bien allignés. Des sculptures. Mais pas en faience. En paille.
Passez la piste 3 en boucle.
Et donnez-moi des souvenirs d'un concert, des larmes aux yeux, de tonton juste là, parce que c'est rassurant un tonton juste là quand on est émue et qu'il ne le sait pas.
Au bout du compte, en fin de soirée, une amie qui s'en vient, une amie qui s'en va.
Je tiendrai le coup, n'est-ce pas ?
Bien sûr.
Mais assurez-vous bien, je suis une mauvaise résistante face à mes émotions.
Ca tombe bien en plus, vendredi soir à la coopé, y'a une soirée Serge Gainsbourg.
30 juillet 2009
Ô le dépôt légal
J'ai quand même plutôt l'impression d'être en vacances.
Je feuillète un mini-livre sur les cakes, ça me donne faim. Un livre sur l'histoire de la calligraphie chinoise, c'est joli, ça donnerait presque envie de savoir faire quelque chose de mes dix doigts. Le livre sur les secrets du désir amoureux me laisse perplexe et je me demande qui a besoin de savoir les principes de base d'une bonne fellation, parce que pour tout vous dire, lu comme ça, on dirait une recette de cuisine et ça donne pas envie d'avaler (ahah).
Je préfère mon livre de cakes.
Bon, bien sûr, y'a pas que des livres rigolos-rigolos ou intéressants-intéressants.
Les romans du terroir, aux dernières nouvelles, se portent plutôt bien, ils foisonnent toujours et racontent toujours la même histoire (une jeune fille ardéchoise mariée de force au notable du coin, mais elle aime le paysan de la ferme voisine, seulement, il est parti à la guerre,... - hé j'invente, c'est trop facile, je pourrai presque m'y mettre !).
Les livres sur le dernier Gimp ou comment utiliser Javascript ou comment monter un escalier avec deux bouts de bois, je savais pas que ça fleurissaient autant. La construction pour tous et tout : maisons, sites web, associations, plante ton arbre et mange des abricots pour ta santé. D'ailleurs, les livres sur la santé, c'est drôle aussi. L'autre jour je regardais comment utiliser le vinaigre dans ta vie de tous les jours, de tes pieds à ton plafond (bon, entre nous, je me méfierai, parce que utiliser le même vinaigre pour te faire un masque de beauté que celui que je mets dans mes tomates, bof-bof).
Et les merveilleux bouquins de philosophie de bar, autrement dit, de psychologie pour les femmes (d'ailleurs, le truc sur la fellation, c'est censé être de la psychologie du désir, quand je vous dis que ça me laissait perplexe). Rien que les titres, c'est fabuleux, on aurait presque envie de tout savoir ! Par exemple, j'ai sous la main : "Les dix engagements, transformez vos bonnes intentions en bons choix". Ca vous donne pas envie ? Moi je dis, ils sont trop forts ! Ils pensent à notre place ! C'est des livres de feignants, non ? Enfin, tout de même, 16 euros la feignantise, ça vaut pas un coup de fil en pleine nuit dont je n'ai aucun souvenir. Je suis sûre que je pourrai trouver un livre sur "pourquoi ne se souvient-on pas, parfois, lorsqu'on se réveille la nuit ?", avec une petite bibliographie à la fin en citant Freud et le tour est joué, tout le monde l'achètera !
Il me reste à vous parler des magnifiques livres édités à compte d'auteurs. Pour les ignares, il s'agit de gens, de parfaits quidams, qui ne savent pas écrire mais qui sont persuadés du contraire, qui n'ont pas trouvé de maison d'éditions et qui se publient donc eux-mêmes. Je peux vous dire, qu'il y a de drôles de perles dans ces livres-à-oublier. Ca va du poème sur l'amour et l'eau de rose avec un ou deux mots jolis et bizarres pour se déclarer poète, ça passe par la biographie qui relatera tout sur Noir Désir, pour terminer par les bonnes paroles de l'ecclésiastique du quartier. Cherchez pas, vous les trouverez pas dans votre librairie la plus proche.
Bref, c'est merveilleux cette mine du tout et n'importe quoi. Et finalement, j'suis bien heureuse de n'avoir qu'une vie et donc pas le temps de lire tous les livres...
J'exagère, y'a des bouquins vraiments biens, mais ils se comptent sur une main et un pied. Le tout en équilibre avec un dico sur la tête. Se tenir droite. Sinon je vais finir voutée, comme tout le monde ici. Des quasimodos myopes.
27 juillet 2009
Comme une vie nouvelle
C'est difficile de décrire la sensation du bonheur. C'est prétention aussi. Et bien que je dis toujours que je suis prétentieuse, c'est loin d'être une vérité établie. Je ne suis pas heureuse. Je crois que je suis heureuse. C'est mieux. Parce que je cherche toujours.
Ca a commencé le 26 juin à l'Olympia avec un ridicule bracelet orange, un japonais, un gilet gris et Fred Vargas.
Puis ça a continué, comme un chemin inconnu. Avec quelques embûches.
Y'a eu ma soeur, mon frère, Charlotte et Gaétan.
Y'a eu trop de chaleur, vraiment trop. Y'a eu aussi trop de menthe à l'eau et de café.
Puis maintenant y'a des mots qui se chevauchent, qui retrouvent un certain sens. Pour moi.
Unimarc, Voltarène, Dépôt Légal, BnF, Editions Pylône, Electromyogramme, syndrôme d'Asperger, Pavé ISBD, Inventaire, Catalogage, Imprimeur la Source d'or, ...
J'aime mon collègue silencieux, j'aime ses déplacements absurdes, j'aime son intelligence cachée, j'aime son âge, j'aime sa main tordue et morte, j'aime sa canne.
J'aime mon grand-père et ses yeux bleus, j'aime son odeur réconfortante, j'aime ses Marcel, j'aime qu'il me fasse rire.
J'aime mon frère mais j'ai peur pour lui.
Je ne serai plus ce que les gens pensent de moi.
J'ai tout oublié. J'ai tout recommencé.
Je suis toute neuve. Je ne me sens plus sale et je n'ai plus honte.
Je crois que je suis heureuse.
La question reste pourtant posée. Est-ce qu'on s'accomplit uniquement dans son travail ?
23 juin 2009
Quand je serai grande, je serai...
A la mort d'Alain Bashung, des tonnes et des tonnes d'articles de plus ou moins bonnes qualités ont voulu retracer la vie de cet homme. Moi j'ai choisi de revenir à mes anciennes lectures en achetant uniquement le hors série des Inrocks. Inévitablement, dans ce genre d'hommage, il y a toujours des messages des gens qui l'ont entouré. C'est bien souvent émouvant même si très pompeux. Tout d'un coup, il est adulé et aimé, simplement parce qu'il est mort. Soit. Acceptons cet état de fait. Mais tout de même ! Parfois, il y en a qui en font des tonnes et qui me valent de bons fous rires. Pour n'en citer qu'un seul, l'hommage relativement lourd de Joseph d'Anvers : "Quand j'étais petit, j'habitais une petite maison dans un lotissement et je me souviens que le mercredi après-midi, pour m'occuper, je mettais des lunettes noires et une raquette autour du cou, et faisais du playback sur Oh Gaby. J'avais à peu près 4 ans. J'aimais vraiment ce morceau et j'avais décidé que plus tard, comme métier, je voulais faire Alain Bashung."
Vous voyez ce que je veux dire ?
Samedi après-midi, j'ai regardé un film qui s'appelle La tête de maman. Il vous suffit de regarder la bande-annonce pour mieux comprendre ce qui pouvait m'attirer dans ce film. Cette Lulu qui rêve que sa mère c'est Jane Birkin, qui dit que Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve c'est sa chanson préférée et que sa meilleure amie lui répond "de toute façon, toutes ses chansons ce sont tes préférées", de la voir rouler en pleine cambrousse en hurlant à tue-tête les paroles de Di Doo Dah.
Vous voyez ce que je veux dire ?
Moi j'ai jamais voulu que ma mère ça soit Jane Birkin. J'avais bien plus d'ambitions que ça ! A 8 ans, je me prenais pour France Gall et je faisais chier ma belle-mère avec les sucettes. A 12 ans, je me suis dit que les chagrins d'amour c'était vraiment chiant, que ça pourrissait la vie, qu'il valait mieux chanter des chansons sur les amours des autres. Et puis pleurer pour de faux, avoir mal à la place des autres. Alors à 12 ans, j'ai décidé que je serai Jane Birkin quand je serai plus grande. Et c'était cool !
J'étais un bébé gai, une lolita même si je savais pas ce que ça voulait dire, je connaissais pas Nabokov à l'époque, j'étais une fille aux claquettes et je me tapais la gueule par terre parce que je savais pas faire de claquettes, je lisais les graffitis dans les toilettes publiques et ça me faisait rire, j'étais une ex-fan des sixties sans savoir de qui je parlais, j'étais une aquoiboniste, je jouais les dépressives dans un faux rocking chair confectionné par deux trois coussins, je pleurais parce que l'amour physique c'est sans issue, bien que j'avais que peu conscience sur quoi je pleurais mais c'était sûrement très important, j'adorais étaler ma science en disant que Marilyn Monroe s'appelait Norma Jean Baker et je chantais la chanson par coeur, j'avais des dessous chics et je me trainais dans Babylone comme un baby alone et je rêvais un jour d'envoyer des Overseas Telegram.
A 14 ans, il a bien fallu que je me rende à l'évidence. J'avais beau chantonner avec une voix de crécelle et un accent anglais, j'avais beau mettre les fringues de mon père et m'applatir les seins, c'était foutu... Il a bien fallu que je dise au revoir à ma carrière de future Jane Birkin. Di Doo Dah c'était pas pour moi, je ressemblais pas à un garçon avec une poitrine plate... Et puis je serai jamais grande.
Tant pis alors. Je me suis mise à écrire et à vivre des chagrins d'amour et plus jamais ceux des autres. C'était un peu moins cool quand même... Mais n'est pas Jane B. qui veut.
Bon quand même, je l'avoue, Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve, c'est ma chanson préférée, bien que ça soit si difficile de choisir... Mais la petite souris dans un coin d'alcôve, c'est moi. Je pensais pas qu'un jour toutes les paroles me colleraient à la peau.
14 mai 2009
My my my my my my ... Mistake
Il se passe cette chose étrange en moi. Ce soir.
Je faisais le tri dans mes vieux textes et j'en relisais certains. Et je me suis rendue compte à quel point je n'avais pas changé sur certaines choses. Ce que j'avais pu dire sur certaines personnes à tels moments se répètent sur d'autres personnes que j'avais cru différentes. Ou alors ce sont ces autres qui sont tous les idems d'une même équation à laquelle je ne sais pas prendre part. Et que j'ai beau m'accrocher comme une sangsue, je ne fais pas partie de leur vie. Je leur reste différente mais inchangée.
Peut-être parce que ce putain d'album de Nick Cave me fait toujours le même effet. Qu'il me coupe les pattes. Que je suis incapable de le partager avec quelqu'un. Que je ne veux rien partager avec personne. Que je le garde en moi. Que tout ce que j'ai à donner je me le donne à moi-même. Que j'étouffe mais que j'en suis à l'aise.
J'ai besoin de campagne.
Je me plaignais pendant si lointain d'être si passive. Je veux le redevenir. Ou pas. Je ne sais plus. Je ne comprends plus.
Je passe à autre chose et j'efface tout. Je ne garde rien lorsque j'ai décidé de m'évanouir et de fuir par lâcheté. Elle me sied si bien cette lâcheté. Elle me permet de me reconstruire après en rejetant la faute sur les autres. Elle me permet de me regénérer et de refaire les mêmes erreurs ensuite. J'ai trop de pardon en moi à accorder aux autres. J'ai une soif inextanguible de partager ces pardons que j'empaquette au plus offrant. Personne n'en veut. Je garde tout pour moi.
Rien ne vaut la peine.
Pas toi ni toi ni toi. Jamais deux sans trois.
Cet album sent le goudron frais dans une nuit noire. Et aussi les éclairs au loin qui t'illuminent pour que tu continues à avancer. La musique sera toujours là.
Peut-être qu'un jour j'écrirai quelque chose dans le genre d'High Fidelity, ces albums qui te bercent, qui font bouger ta vie, ces albums sur lesquels tu croises une personne, ces chansons sur lesquelles tu fais l'amour, ces chansons sur lesquelles tes souvenirs sont trop forts. Les chansons restent bien plus immortelles que les odeurs. Les odeurs se chassent à coup de lessive. Et un jour tu en sens une et tu chavires. Puis elle repart d'où elle est venue et tu ne peux plus la capturer de tes narines et tu te sens démunie. Alors qu'une chanson tu peux t'en souvenir toute ta vie, tu peux l'écouter en boucle et si tu le décides, peut-être, alors, pourras-tu passer à autre chose.
Alors pour le souvenir chaleureux et partagé il me restera Laëtitia Sheriff. Pour la boucle bouclée il me restera sur le coeur comme un pavé d'amer You're under arrest de Gainsbourg, et je regrette de l'avoir partagé puisque pour le moment je ne peux plus l'écouter alors qu'il était ma bible pour me sentir en accord avec moi-même.
Voilà pourquoi je ne partagerai pas cet album de Nick Cave. Pas comme ça en tout cas. Jamais. Plus jamais.
26 février 2009
Furieuse
Alors là tu vois ça fait des semaines et des semaines que j'engrange tout dans ma gorge, mes yeux, mes oreilles, mes mains, ma gueule, ma bouche, mes poings, mes phalanges. Tout mon corps en rage. En cris. De fureur. De contenu retenu. Je pulse. A fond. Je fais du Rock'n'Roll sans le savoir, avoir tout mon corps interne, mes petites cellules qui vibrent et qui se déchaînent, qui bavent la terreur, qui suintent la colère, qui valdinguent sur ma peau morte pour me réveiller.
Alors il a fallu une chanson. Pour réveiller l'épiderme endormi et mes doigts sur le clavier pour hurler. Défense interne. Encore.
Tu te demandes de quoi je parle.
Bah je parle de moi et de mes fureurs. La lionne en cage. Je veux que tu me hurles de me calmer. Parce que je pourrai tout manger comme si j'étais devenue boulimique des autres pour les tuer à petits coups de dents bien assénés. Faudrait que tu me mettes des chaînes pour me retenir de les étrangler. Faudrait que t'apprennes à me tenir en laisse. T'es capable ? Tu t'en sens capable de prendre le relais ? De me soutenir dans mes délires ? T'es prêt ou tu feras la fine bouche ? T'es prêt ou tu me laisseras sur le carreau à te foutre de ma gueule ? T'es prêt à te péter la gueule aussi, plus bas que terre si je t'écrabouille en te montrant du doigt ? T'es prêt à me sauter à la gorge pour me faire comprendre que je dois rester sur mes gardes ?
Faudrait que tu sois à la hauteur. Faudrait que t'aprennes. Mais compte pas sur moi. Faut pas déconner non plus. Je vais pas te mâcher la tâche. Je vais attendre voir si t'es capable. J'ai trop à y perdre si tu sais pas y faire. Parce que je pourrai bien revenir à mes folies et gueuler et foutre des coups de pieds et claquer des portes si tu me retiens pas.
Parce que je pourrai manger mes trois collègues de boulot. Et puis peut-être tout ce système là dans lequel j'ai trouvé ma place. Faussement bien sûr. J'ai bien fait mon trou n'empêche. Tu trouves pas ? J'ai eu tout ce que je voulais. Princesse. Mais si tu sais pas me retenir, je perdrai tout. Parce que je pourrai bien me la ramener un matin, en Hulk et leur dire. Ce qu'elles ignorent sur moi. Leur faire bouffer leurs enfants dans un premier temps. En second, leur mari ou leurs amants. Puis leur baraque. Leur déco toute propre. Leurs fringues de putains bien habillées. Leurs rouges à lèvres et leurs talons de bottines. Leurs culs bien assis. Leurs rires débiles. Leurs opinions télévisuelles. Leur imbécilité à croire comprendre le monde qui les entoure quand elles ne regardent que leur lucarne aux lumières affaiblis par leurs lumières tamisées dans un salon au canapé bien ajusté contre le mur et le tapis devant et la table basse avec le martini et les gâteaux apéritifs. Leur vie de famille à la con. Leurs préocuppations futiles. Leur envie de soleil dans des pays exotiques pour vivre en retranchées de la vie occidentale à bronzer sous un cocotier ou un palmier et ramener des photos enflammées qui ne reflètent que leur vide.
Non, vraiment, si tu me retiens pas, je vais leur péter à la tronche. Leur arracher les cheveux et les frapper à la mâchoire pour que plus jamais elles ne me parlent de ce qu'elles vont bouffer le soir et en faire des blagues. Je connais tout d'elles et j'ai rien demandé. Leurs meilleurs amis, leurs habitudes au lit, leur quotidien insipide, les fringues qu'elles achètent pour leurs enfants, leurs maris et leurs habitudes, l'un n'aime pas les carottes, l'autre déteste pisser debout, ce qu'elles écoutent le matin et le soir en rentrant harassés de leur boulot de merde et en se disant qu'il faut recommencer à la maison.
Ca me fatigue. Leurs illusions d'être des femmes accomplies.
Moi quand je rentre chez moi je m'allonge sur le sol, je fume une clope et je hurle dans mon ventre.
Ou bien je me mets sous la couette avec un livre et je m'endors.
Si tu me retiens pas je vais m'évader un jour. Je changerai à nouveau de ville en espérant y trouver quelque chose de meilleur, d'autres vies à haïr, et m'énerver seule. Si tu me retiens pas je vais te filer entre les doigts. Et il se pourrait même que je le regrette et que je t'en veuille.
Et puis y'a cette putain de chanson et mon genou qui merde à bouger tout seul de toute cette tension que je lui fais subir. Y'a mes yeux qui se fixent sur le mur et qui ne voient plus rien que la musique.
Oh putain comme c'est bon. Comment j'ai fait pour me retenir jusqu'à ce soir ?
Viens t'évader avec moi. Et on tuera le monde. Et leurs mensonges et leur pitié et leurs incohérences et leurs contradictions et leurs excuses et leur manque de délicatesse et leur manque de pardon et leurs envies de vie futile et leurs questions et leurs yeux qui ne voient rien qui ne comprennent rien.
Viens m'arrêter parce que je pourrai ne pas dormir de la nuit et rester là avec ma chanson à tuer le monde de mots tout aussi futiles. Parce que j'en fais partie et que j'y contribue. Parce qu'il en faut toujours un ou une qui soit ainsi. A remarquer ce que les autres cachent. Et à en prendre plein la gueule pour pas un rond. Parce que ces gens là je les méprise et ils me fascinent. Parce que je ne peux plus me détacher d'eux. Parce que si je vibre de colère contre eux ils me maintiennent la tête hors de l'eau. Et je leur en veux. D'être dépendante de leurs conneries quand je ne voudrais que les fuir.
14 décembre 2008
Portée disparue ce matin
Le ciel est blanc-gris. On distingue à peine les toits du ciel. Seules les cheminées permettent d'imaginer un certain horizon. Les gros flocons assourdissent les pas, les voix, les rares bruits des voitures qui passent. Les arbres ont accroché leurs fils blancs. Les passants ont le pas pressé pour ne pas craindre de ressembler à des bonhommes de neige.
Je pourrais me porter disparue pour ce matin. Aux absentes. Aux objets trouvés. Peut-être. Ne sortir que pour acheter une couronne de pain et deux croissants. Parce que c'est dimanche et qu'il neige. Certes je n'aurai pas de gros bol de chocolat Van Houten, mais mes papilles gustatives me suffisent à en imaginer le goût amer et sucré avec la peau douce sur le dessus qui fond sous la langue, comme fond la neige difficilement sous les pieds ce matin.
Jane B. est simplement un fabuleux poème. Et le son craquant du vinyle me transporte à des lieux dont personne n'a l'accès à part moi. Je ne donne pas les clefs. Je me garde le privilège de ces moments d'écoute attentive.
Je vais disparaître sous la neige, teint pâle, je n'ai pas de nez aquilin, mais les yeux bleus et les cheveux chatains. Peut-être dormirai-je au bord du chemin, une fleur de sang à la main. En gage de bonheur singulier à ne partager au pluriel sous aucun prétexte.
Je m'abandonne.
Et lorsque la neige surgit j'ai presque envie de croire à l'éternité de l'instant.
Ô la belle oxymore.
01 décembre 2008
Pimprenelle et Nicolas
Je n'échangerais pas mes soirées contre les votres.
Parce que s'il veut mettre des lunettes d'aviateur, moi ça me fait rire.
Parce que lorsqu'il prend Blondie pour Abba, moi ça me fait rire.
Parce que lorsqu'il y a des cheveux, moi ça me fait rire.
Parce que je sais faire la vaisselle, lui il téléphone.
Parce que je sais pas lire les sous-titres de loin dans les toilettes la porte ouverte, lui il me les lit à voix haute.
Parce que internet chez lui c'est de la daube.
Parce que "t'as pas une clope ?"
Parce que Shane, Pushing daisies, les tortues Ninja, Thierry Roland, l'angoisse, les frites, Koxie et Michael Vendetta.
Parce que les pieds coincés dans la couette et la tête sur son épaule.
Parce que "ne met pas de cendre sur les draps".
Parce qu'on fait les Blues Brothers si on veut, nous ça nous fait rire.
Parce que le lait et le nutella c'est bon.
Parce que le chocolat en poudre dans le fromage blanc c'est dégueulasse, maintenant on est au courant.
Parce qu'il aime pas Christophe Honoré, mais que je le soule avec.
Parce que je lis toujours les mêmes magazines dans ses toilettes, je les connais par coeur.
Parce qu'on gère au téléphone, on est trop fort.
Parce que les peines de coeur on connait.
Parce qu'on aime les chapeaux et les chemises.
Parce que qu'il habite plus bas que chez moi.
Parce qu'on a de la chance d'avoir un kebab comme voisin.
Parce que tout par coeur de l'autre on sait tout.

T'as pas envie qu'on se fasse prochainement tous les Star Wars ? Allez, dis ouiiiiiiiii.
Découvrez Blondie!