01 juillet 2008
Un jour je t'aimerai moins jusqu'au jour où je ne t'aimerai plus
Elle t'a mangé les entrailles, profondes. Ne reste que des filaments ensanglantés entre tes doigts défaits. Yeux surpris. Jamais mangé la bouche elle ne t'a. Jamais. Tu la regardes jaunie vieille photographie bonbon acidulé accompagnée de cheveux crépus. Elle ne te rassemble plus les picotements et la joie simple qui t'animait à son entente pardonnée.
La hyène.
Elle a tout mangé de toi. Ne reste que tes tréfonds abîmés et tes larmes insensées dans la nuit dominicale. Et cette chaleur et cette peur. Il ne reste que cela. Et aussi tes mensonges. Pour ne pas dire, pour ne pas montrer dans l'assiette en face de toi ce qu'elle a laissé de toi. Fourchettes et couteaux sont superflus. Elle a déjà tout mangé. Verres et panières ne sont pas nécessaire. Elle a déjà tout bu, tout mangé. La cène est terminée. Ton Judas de papier.
L'arlésienne.
Celle des autres qui devient la tienne. Le ventre béant dans l'attente du jour où tu ne l'aimeras plus. Tu y crois. Des années encore à venir avec tes yeux vagues et tes sourires convaincants. Et le rongeur en toi qui fourmille. Pour tenir haut en couleur le reste de ta fierté piétinée. Et le soir t'humilier dans ta sueur. Ton chacal n'y survivra pas.
Eve.
La pomme perdue jamais croquée. Ton Adam sous les pavés, refoulé sur le terme de l'inconnu. Cherche l'ampoule, jamais plus elle ne t'appellera. Jamais. Sur les basses incomplètes d'une fureur. Ta fureur. Et ta honte. Petite souris grise, tu prends peur à l'effacement de ses souvenirs. Trace jaunâtre qui s'éparpille sous le goût amer de son parfum inexistant.
Tu n'auras rien.
Elle aura tout.
04 octobre 2007
Un mari
Ce matin, entre Adler et Duhamel, l’immuable créneau de ma douche d’avant départ au boulot, agitant mes mains ensavonnées je fais tomber mon alliance.
Je la remets aussitôt mais avec beaucoup de difficultés qui me seront l’occasion de plusieurs vagues d’interrogation lors des minutes et heures suivantes, du séchage aux rebutantes tâches journalières et néanmoins professionnelles. Est-ce parce que j'ai maigri que ma bague s'est échappée ? Question idiote s'il en est, j'ai tout de même fait un tour sur la balance. Non, pas un gramme en moins. De toute façon cela fait bien longtemps que je n'ai pas changé de taille de jean...
C'est en prenant mon café, debout, comme voulant aller plus vite durant les dernières minutes d'un départ, qui, je le sais, sera in extremis, que je vois une solution à mes questionnements idiots. A ce même instant surgit en caleçon la personne qui régit mes nuits. Mon mari... Il sort toujours quelques minutes du lit avant mon départ pour me dire au revoir, et je le soupçonne de se recoucher ensuite. Enfin, toujours est-il que je le vois ce matin, le nez dans mon café et je m'interroge.
Ces interrogations sont connues de toutes femmes possédant un mari. Nulle envie de retranscrire ici ces élucubrations grivoises et inutiles. Mais pourtant, ce genre de pensées ne me lâchent pas de la journée. Jusqu'au soir où je le revois et ce surnom que je trouvais doux de Mari se trouve être à mon étrange impression fort déplacé voire même abscons de toute réalité.
Je regarde ma main, ce soir, en me démaquillant face au miroir. Aucune alliance ne se trouve à ce doigt gauche (maladroit ?)... Serait-ce une illusion que toute cette histoire de mariage ?
Je crois qu'en fait, c'est la seule question qui vaut vraiment le coup d'être posée... Mesdemoiselles.
02 octobre 2007
Déraille
J'ai très longtemps habité près d'un pont SNCF, tout au nord de Paris.
Un pont très noir, qui tremblait au passage des trains de marchandises, un pont que j'aimais.
Comment pouvait-on aimer un tel amas de ferraille, lui trouver un quelconque charme ? Sans aucun doute, je devais être la seule dans ce cas. En tout cas, j'aimais à le croire. De ma fenêtre, je le voyais. La nuit, il se découpait sur la Seine et criait ses bruits, les hurlant dans la nuit sombre. Seul ami de mes nuits infécondes. Je l'écoutais déblatérer ses histoires de trains. Marchandises, voyageurs. Toutes les nuits, une nouvelle histoire. Je n'étais ainsi jamais seule dans le brouillard au bord des quais. En gare. Ou sous le pont.
Une nuit, je m'y étais aventurée, vraiment. Pas seulement en pensées.
J'avais enfilé mes gants blancs en laine datant d'un siècle passé, enroulé mon écharpé violette douce tricotée par ma mère, puis ma veste de pétasse dégageant mes fesses à chaque pas que j'effectuais. Puis, aussi inconcevable que cela puisse paraître, j'ai chaussé mes lunettes noires sur mon nez, mes cheveux blonds virevoltaient sur mes épaules. Dans ma poche, je tirais une cigarette blanche de son paquet noir. Et dans mes oreilles, Vitalic me jouait son électro dansante et tiraillante dans le creux des reins.
J'étais parée.
Véritable fausse icône rock. Je transjouais des allures d'impudeur sous un sourire cynique. Fidèle à moi-même, je m'explorais dans d'autres bouches aussi asexuées que moi. Ce soir, la bouche que je voulais se prénomait nuit noire aux accents de rails traînants. Pittoresque image parisienne. Je m'attendais presque à y retrouver Doisneau capturant l'instant que je lui aurais offert gratuitement sous un flash crépitant. Le brouillard sous forme de gros nuages blancs sous les roues gargantuesques des trains.
J'étais donc en-dessous de ce pont qui m'accompagnait lors de mes insomnies récurrentes. D'habitude je préférais juste m'accouder sur la balustrade de ma fenêtre, mais ce soir je préférais l'aventure glauque de ce lieu suintant la débauche. Je voulais y voir des hommes fricottant aux bords des berges, je voulais être dans un livre de Cyril Collard. Je voulais y voir des lames de couteaux dont les visages de leurs propriétaires m'auraient été cachés, mais je les aurais imaginés sans peine. Des visages furibonds, élimés dans la force de l'âge, de belles cicatrices aux mentons relevés fièrement. Je voulais y voir des bas délaissés sur des chevilles brunes et fines.
Il y aurait eu un silence et comme un film de David Lynch, je me serai avancée dans cette marée de bras, de jambes, je n'aurai plus souris, j'aurai simplement retrouvé une place qui je le croyais, m'appartenait. La fange. Des anges. Noirs. Serge Gainsbourg me suivait. C'était évident. C'était récurrent. C'était moi.
Et parmi toutes ces références, j'aurai hurlé, cri perçant. Mais personne n'aurait entendu car au même instant un train serait apparut. Cinglant l'air de sa vitesse. Balayant les ombres froides d'un mouvement de flash assourdissant. Il nous aurait tous figés. Statues édifiantes d'une nuit parisienne sous un pont à l'abandon des yeux, sauf des miens.
Depuis cette nuit là, ayant peur de me retrouver mécaniquement sous ce pont, j'ai toujours fermé mes volets, ma fenêtre, mes rideaux. Le pont n'existait plus. La nuit n'existait plus. Le train n'existait plus. Le silence était redevenu constant.
Mes tentations ne virent jamais le jour.
J'ai déménagé la semaine suivante.
~ Oreille ~ No Fun ~ Vitalic