23 juin 2009
Quand je serai grande, je serai...
A la mort d'Alain Bashung, des tonnes et des tonnes d'articles de plus ou moins bonnes qualités ont voulu retracer la vie de cet homme. Moi j'ai choisi de revenir à mes anciennes lectures en achetant uniquement le hors série des Inrocks. Inévitablement, dans ce genre d'hommage, il y a toujours des messages des gens qui l'ont entouré. C'est bien souvent émouvant même si très pompeux. Tout d'un coup, il est adulé et aimé, simplement parce qu'il est mort. Soit. Acceptons cet état de fait. Mais tout de même ! Parfois, il y en a qui en font des tonnes et qui me valent de bons fous rires. Pour n'en citer qu'un seul, l'hommage relativement lourd de Joseph d'Anvers : "Quand j'étais petit, j'habitais une petite maison dans un lotissement et je me souviens que le mercredi après-midi, pour m'occuper, je mettais des lunettes noires et une raquette autour du cou, et faisais du playback sur Oh Gaby. J'avais à peu près 4 ans. J'aimais vraiment ce morceau et j'avais décidé que plus tard, comme métier, je voulais faire Alain Bashung."
Vous voyez ce que je veux dire ?
Samedi après-midi, j'ai regardé un film qui s'appelle La tête de maman. Il vous suffit de regarder la bande-annonce pour mieux comprendre ce qui pouvait m'attirer dans ce film. Cette Lulu qui rêve que sa mère c'est Jane Birkin, qui dit que Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve c'est sa chanson préférée et que sa meilleure amie lui répond "de toute façon, toutes ses chansons ce sont tes préférées", de la voir rouler en pleine cambrousse en hurlant à tue-tête les paroles de Di Doo Dah.
Vous voyez ce que je veux dire ?
Moi j'ai jamais voulu que ma mère ça soit Jane Birkin. J'avais bien plus d'ambitions que ça ! A 8 ans, je me prenais pour France Gall et je faisais chier ma belle-mère avec les sucettes. A 12 ans, je me suis dit que les chagrins d'amour c'était vraiment chiant, que ça pourrissait la vie, qu'il valait mieux chanter des chansons sur les amours des autres. Et puis pleurer pour de faux, avoir mal à la place des autres. Alors à 12 ans, j'ai décidé que je serai Jane Birkin quand je serai plus grande. Et c'était cool !
J'étais un bébé gai, une lolita même si je savais pas ce que ça voulait dire, je connaissais pas Nabokov à l'époque, j'étais une fille aux claquettes et je me tapais la gueule par terre parce que je savais pas faire de claquettes, je lisais les graffitis dans les toilettes publiques et ça me faisait rire, j'étais une ex-fan des sixties sans savoir de qui je parlais, j'étais une aquoiboniste, je jouais les dépressives dans un faux rocking chair confectionné par deux trois coussins, je pleurais parce que l'amour physique c'est sans issue, bien que j'avais que peu conscience sur quoi je pleurais mais c'était sûrement très important, j'adorais étaler ma science en disant que Marilyn Monroe s'appelait Norma Jean Baker et je chantais la chanson par coeur, j'avais des dessous chics et je me trainais dans Babylone comme un baby alone et je rêvais un jour d'envoyer des Overseas Telegram.
A 14 ans, il a bien fallu que je me rende à l'évidence. J'avais beau chantonner avec une voix de crécelle et un accent anglais, j'avais beau mettre les fringues de mon père et m'applatir les seins, c'était foutu... Il a bien fallu que je dise au revoir à ma carrière de future Jane Birkin. Di Doo Dah c'était pas pour moi, je ressemblais pas à un garçon avec une poitrine plate... Et puis je serai jamais grande.
Tant pis alors. Je me suis mise à écrire et à vivre des chagrins d'amour et plus jamais ceux des autres. C'était un peu moins cool quand même... Mais n'est pas Jane B. qui veut.
Bon quand même, je l'avoue, Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve, c'est ma chanson préférée, bien que ça soit si difficile de choisir... Mais la petite souris dans un coin d'alcôve, c'est moi. Je pensais pas qu'un jour toutes les paroles me colleraient à la peau.
14 mai 2009
My my my my my my ... Mistake
Il se passe cette chose étrange en moi. Ce soir.
Je faisais le tri dans mes vieux textes et j'en relisais certains. Et je me suis rendue compte à quel point je n'avais pas changé sur certaines choses. Ce que j'avais pu dire sur certaines personnes à tels moments se répètent sur d'autres personnes que j'avais cru différentes. Ou alors ce sont ces autres qui sont tous les idems d'une même équation à laquelle je ne sais pas prendre part. Et que j'ai beau m'accrocher comme une sangsue, je ne fais pas partie de leur vie. Je leur reste différente mais inchangée.
Peut-être parce que ce putain d'album de Nick Cave me fait toujours le même effet. Qu'il me coupe les pattes. Que je suis incapable de le partager avec quelqu'un. Que je ne veux rien partager avec personne. Que je le garde en moi. Que tout ce que j'ai à donner je me le donne à moi-même. Que j'étouffe mais que j'en suis à l'aise.
J'ai besoin de campagne.
Je me plaignais pendant si lointain d'être si passive. Je veux le redevenir. Ou pas. Je ne sais plus. Je ne comprends plus.
Je passe à autre chose et j'efface tout. Je ne garde rien lorsque j'ai décidé de m'évanouir et de fuir par lâcheté. Elle me sied si bien cette lâcheté. Elle me permet de me reconstruire après en rejetant la faute sur les autres. Elle me permet de me regénérer et de refaire les mêmes erreurs ensuite. J'ai trop de pardon en moi à accorder aux autres. J'ai une soif inextanguible de partager ces pardons que j'empaquette au plus offrant. Personne n'en veut. Je garde tout pour moi.
Rien ne vaut la peine.
Pas toi ni toi ni toi. Jamais deux sans trois.
Cet album sent le goudron frais dans une nuit noire. Et aussi les éclairs au loin qui t'illuminent pour que tu continues à avancer. La musique sera toujours là.
Peut-être qu'un jour j'écrirai quelque chose dans le genre d'High Fidelity, ces albums qui te bercent, qui font bouger ta vie, ces albums sur lesquels tu croises une personne, ces chansons sur lesquelles tu fais l'amour, ces chansons sur lesquelles tes souvenirs sont trop forts. Les chansons restent bien plus immortelles que les odeurs. Les odeurs se chassent à coup de lessive. Et un jour tu en sens une et tu chavires. Puis elle repart d'où elle est venue et tu ne peux plus la capturer de tes narines et tu te sens démunie. Alors qu'une chanson tu peux t'en souvenir toute ta vie, tu peux l'écouter en boucle et si tu le décides, peut-être, alors, pourras-tu passer à autre chose.
Alors pour le souvenir chaleureux et partagé il me restera Laëtitia Sheriff. Pour la boucle bouclée il me restera sur le coeur comme un pavé d'amer You're under arrest de Gainsbourg, et je regrette de l'avoir partagé puisque pour le moment je ne peux plus l'écouter alors qu'il était ma bible pour me sentir en accord avec moi-même.
Voilà pourquoi je ne partagerai pas cet album de Nick Cave. Pas comme ça en tout cas. Jamais. Plus jamais.
10 mai 2009
Avant que je m'en aille, jouer à qui perd gagne
15 avril 2009
I'm lost
Je veux plus qu'on me chante cette chanson. Parce que je ne veux pas revenir, je ne veux faire que partir.
05 avril 2009
Dans la rue. 1
Notre héroïne (c'est à dire moi), après trois jours d'absence totale d'air asphixié de la rue, de pose alanguie dans son lit à se prendre la température, de pleurs tout aussi insipides ; a décidé en ce dimanche de sortir le bout de son nez, autre que pour aller chez son frangin manger des pâtes à la carbo préparée par sa chérie de poche. Alors qu'a-t-elle fait ?
On s'en doute, elle a été au cinéma. Un dimanche en solitaire, il n'y a pas grand chose d'autre à faire et c'était bien mieux que d'aller au parc en bas de chez elle pour bouquiner, parce que cela, elle peut le faire chez elle les fenêtres grandes ouvertes sans avoir à sortir et s'habiller même.
Elle a tout d'abord fait une escale à Quick, pour y lire (sic), en attendant l'heure de la projection aux Ambiances. Elle a bien ri lorsque la serveuse lui a rendu son ticket resto. Elle n'a d'abord pas su comment réagir tant c'était absurde de lui rendre avec le ticket de caisse son paiement. Mais elle en a récolté un café gratis !
Ensuite, elle a grillé la moitié d'une cigarette le temps d'alligner trois pas pour changer de rue et s'engouffrer dans la salle obscure qui sent encore le neuf.
Elle y était seule et s'est crue chez elle. Les pieds sur le fauteuil de devant, le corps allongé sur plusieurs banquettes, le rire non contenu, les baillements, se gratter la plante de pieds après avoir enlevé ses godasses.
Un chat, un chat. Léger comme le début de printemps. J'ai les mains qui sentent la poubelle.
Lorsqu'elle est sortie de la séance, elle a préféré prendre les petites rues de la cathédrale plutôt que de se taper la place de Jaude où les enfants feraient rire leurs parents en s'éclaboussant dans les gerbes des fontaines.
Arrivée sur la place de la Victoire, elle avait les yeux froncés par le soleil, une main dans une poche, l'autre sur une cigarette, les écouteurs qui crachaient I'm a Man et elle marchait d'un pas courageux parmis les skateurs.
Elle fut arrêtée par un homme qu'elle avait remarqué venir à elle et sur lequel ses yeux de myope fixaient son tee-shirt des Ramones. La quarantaine, voire plus, la tempe grisonnante, le blouson de cuir défraîchi, le jean noir moulant, les docs aux pieds, le visage joliment frippé par l'alcool sans doute, les mains abîmées, on aurait dit des brûlures de cigarette.
Et un dialogue irréel mais vivifiant. Petit cours sur les Davidoff, parce qu'effectivement il lui demandait une cigarette, un bon point de gagné parce qu'elle affichait sur sa veste de jean's un badge de Gainsbourg, puis une interrogation sur l'autre qui ornait sa poche droite. Ghinzu. Et lui enchaînait sur les Ramones et Motorhead, elle n'a pas compris le rapport entre les deux. Puis Spliff, il habite en face. Il lui demande un euro, ce qu'elle n'a pas sur elle, parce que, dit-elle, je viens d'aller au cinéma. Alors les voilà partis tous deux à donner leurs avis sur la vie de Mastroianni et Deneuve, ce qui en a résulté, somme toute, une bien belle Chiara.
Bref, c'était drôlement rafraîchissant pour elle de se faire accoster de la sorte par un type venant tout droit d'une autre époque, d'une autre vie, comme une espèce de réalité parallèle qu'elle a tendance parfois à oublier à cotoyer des connasses à son taf.
Elle est repartie chez elle avec l'idée en tête de se boire une citronnade, d'écouter BRMC à fond, toujours pour le moment à scander son pas sur I'm a Man. Et elle pense soudainement qu'une seule et même chanson peut avoir différents effets sur une seule et même personne.
Après la fureur, la félicité de l'instant de vie.
03 avril 2009
Chez soi. 1
Notre héroïne (c'est à dire moi) après avoir consulté deux médecins, s'est dit qu'il était préférable de rester chez soi quand on était malade, les jambes en coton qui se traînent tels deux boulets derrière son buste, et les ganglions de la gorge en feu. Soit. Alors que fait-elle ?
Elle se réveille le matin, regarde un film, se recouche, se relève, tourne trois pages d'un livre, prend un efferalgan, une douche, baille devant les toits de sa ville, referme les rideaux, met le chauffage à fond, le baisse parce qu'elle a trop chaud, se recouche, regarde un film, écoute du jazz, a envie de purée mais la flemme de la faire, a envie de fumer mais cela lui donne la nausée, elle joue avec sa bouche, elle reste en pyjama, se recouche. Et dort.
L'après-midi, des gens bienveillants la réveillent mais trop peu pour que cela ne l'inquiète et replonge dans ses rêves et le creux de ses deux oreillers moelleux, un sourire de douceur sur les lèvres d'être si bien dans ses draps chauds.
Elle vit dans un petit cocon auquel le temps n'a aucune prise.
Son frère l'éveille trois fois. Et comme souvent cela lui arrive, quand il est mécontent qu'elle ne réponde pas, étant donné qu'il habite à une porte d'intervalle de la sienne, parfois il se déplace, bougon, en chausson jusqu'à sa porte pour la sonner à l'interphone. Ce qui finit inévitablement par la dresser dans son lit avec un air de tueuse.
Et furieuse, elle décroche l'interphone et hurle dedans "putain, j'vais te tuer !"
Sauf qu'hier, ce n'était pas son frère qu'elle a invectivé de la sorte.
"Mademoiselle C***** ?"
"Euh oui ?"
"L'inspecteur des impôts, je viens vérifier que vous n'avez pas de télévision chez vous."
"Euh oui, oui, je vous ouvre..."
Alors là, faut vous imaginer qu'en un temps record, elle a fermé ses rideaux séparant son lit en bataille du reste de la pièce, qu'elle a troqué son bas de pyjama contre un jean qui traînait sur une chaise, qu'elle a manqué tomber deux fois, qu'elle a enfilé vite fait bien fait un gilet, enfin, croyait-elle que c'était un gilet. Il s'agissait en fait de son manteau. Tant pis, plus le temps de changer ! Elle ouvrit la porte, écouta les bruits dans l'escalier, souffla une seconde et s'attacha les cheveux pour faire disparaître cette chevelure désordonnée par le sommeil. Le tout en riant de la situation.
Puis elle ouvrit enfin sa porte en grand devant l'homme qui se présentait à elle.
Il était aussi essouflé qu'elle. Elle pinça du nez en espérant que cela ne se remarque point trop. Car il faut vous dire, chers téléspectateurs, qu'il puait la vinasse à plein nez, et ne l'oublions pas, notre héroïne était sujette aux nausées depuis deux jours (d'ailleurs, tout le monde la croyait enceinte, mais elle avait juste une gastro). Sur ces entrefaits, elle fait entrer le bonhomme à son domicile et il referma la porte du couloir en disant "faut fermer votre porte tout de même" à quoi elle répondit, logique et sans complexe "il s'agit de la porte de l'escalier de palier en réalité".
"Ah, ah bon ?"
"Oui, oui."
"Bon, je me présente, Monsieur Machin, inspecteur des impôts. - il sort sa carte pour plus d'équivoque - Je suis ici pour vous faire un procès verbal, étant donné que vous avez déclaré n'avoir pas de téléviseur en votre possession. Vous habitez haut, je suis essouflé !"
Elle acquiesce. Elle se fait parfois l'effet d'être une princesse en haut de sa tour que personne ne visite sous prétexte qu'elle n'a ni ascenseur, ni longues tresses à défiler à sa fenêtre pour faire entrer un éventuel Prince Charmeur.
Bref, Monsieur Machin lui fait son procès verbal et n'a absolument pas cherché à savoir si elle dissimulait une quelconque télévision, par contre il ne s'est pas privé, lui, ses joues rouges et son haleine infecte, de lui faire remarquer que c'était tout de même fort dommage de ne pas s'instruire. Elle préféra se taire plutôt que de l'entarter, de toute façon elle n'avait aucune force à déployer, ses muscles étant mort pour ce jour-ci. Il lui demanda tout de même si les livres qu'elle avait, elle les avait tous lus. Elle se fit tout de même ce plaisir de répondre "non, c'est juste pour le décorum."
Au revoir à jamais.
26 février 2009
Furieuse
Alors là tu vois ça fait des semaines et des semaines que j'engrange tout dans ma gorge, mes yeux, mes oreilles, mes mains, ma gueule, ma bouche, mes poings, mes phalanges. Tout mon corps en rage. En cris. De fureur. De contenu retenu. Je pulse. A fond. Je fais du Rock'n'Roll sans le savoir, avoir tout mon corps interne, mes petites cellules qui vibrent et qui se déchaînent, qui bavent la terreur, qui suintent la colère, qui valdinguent sur ma peau morte pour me réveiller.
Alors il a fallu une chanson. Pour réveiller l'épiderme endormi et mes doigts sur le clavier pour hurler. Défense interne. Encore.
Tu te demandes de quoi je parle.
Bah je parle de moi et de mes fureurs. La lionne en cage. Je veux que tu me hurles de me calmer. Parce que je pourrai tout manger comme si j'étais devenue boulimique des autres pour les tuer à petits coups de dents bien assénés. Faudrait que tu me mettes des chaînes pour me retenir de les étrangler. Faudrait que t'apprennes à me tenir en laisse. T'es capable ? Tu t'en sens capable de prendre le relais ? De me soutenir dans mes délires ? T'es prêt ou tu feras la fine bouche ? T'es prêt ou tu me laisseras sur le carreau à te foutre de ma gueule ? T'es prêt à te péter la gueule aussi, plus bas que terre si je t'écrabouille en te montrant du doigt ? T'es prêt à me sauter à la gorge pour me faire comprendre que je dois rester sur mes gardes ?
Faudrait que tu sois à la hauteur. Faudrait que t'aprennes. Mais compte pas sur moi. Faut pas déconner non plus. Je vais pas te mâcher la tâche. Je vais attendre voir si t'es capable. J'ai trop à y perdre si tu sais pas y faire. Parce que je pourrai bien revenir à mes folies et gueuler et foutre des coups de pieds et claquer des portes si tu me retiens pas.
Parce que je pourrai manger mes trois collègues de boulot. Et puis peut-être tout ce système là dans lequel j'ai trouvé ma place. Faussement bien sûr. J'ai bien fait mon trou n'empêche. Tu trouves pas ? J'ai eu tout ce que je voulais. Princesse. Mais si tu sais pas me retenir, je perdrai tout. Parce que je pourrai bien me la ramener un matin, en Hulk et leur dire. Ce qu'elles ignorent sur moi. Leur faire bouffer leurs enfants dans un premier temps. En second, leur mari ou leurs amants. Puis leur baraque. Leur déco toute propre. Leurs fringues de putains bien habillées. Leurs rouges à lèvres et leurs talons de bottines. Leurs culs bien assis. Leurs rires débiles. Leurs opinions télévisuelles. Leur imbécilité à croire comprendre le monde qui les entoure quand elles ne regardent que leur lucarne aux lumières affaiblis par leurs lumières tamisées dans un salon au canapé bien ajusté contre le mur et le tapis devant et la table basse avec le martini et les gâteaux apéritifs. Leur vie de famille à la con. Leurs préocuppations futiles. Leur envie de soleil dans des pays exotiques pour vivre en retranchées de la vie occidentale à bronzer sous un cocotier ou un palmier et ramener des photos enflammées qui ne reflètent que leur vide.
Non, vraiment, si tu me retiens pas, je vais leur péter à la tronche. Leur arracher les cheveux et les frapper à la mâchoire pour que plus jamais elles ne me parlent de ce qu'elles vont bouffer le soir et en faire des blagues. Je connais tout d'elles et j'ai rien demandé. Leurs meilleurs amis, leurs habitudes au lit, leur quotidien insipide, les fringues qu'elles achètent pour leurs enfants, leurs maris et leurs habitudes, l'un n'aime pas les carottes, l'autre déteste pisser debout, ce qu'elles écoutent le matin et le soir en rentrant harassés de leur boulot de merde et en se disant qu'il faut recommencer à la maison.
Ca me fatigue. Leurs illusions d'être des femmes accomplies.
Moi quand je rentre chez moi je m'allonge sur le sol, je fume une clope et je hurle dans mon ventre.
Ou bien je me mets sous la couette avec un livre et je m'endors.
Si tu me retiens pas je vais m'évader un jour. Je changerai à nouveau de ville en espérant y trouver quelque chose de meilleur, d'autres vies à haïr, et m'énerver seule. Si tu me retiens pas je vais te filer entre les doigts. Et il se pourrait même que je le regrette et que je t'en veuille.
Et puis y'a cette putain de chanson et mon genou qui merde à bouger tout seul de toute cette tension que je lui fais subir. Y'a mes yeux qui se fixent sur le mur et qui ne voient plus rien que la musique.
Oh putain comme c'est bon. Comment j'ai fait pour me retenir jusqu'à ce soir ?
Viens t'évader avec moi. Et on tuera le monde. Et leurs mensonges et leur pitié et leurs incohérences et leurs contradictions et leurs excuses et leur manque de délicatesse et leur manque de pardon et leurs envies de vie futile et leurs questions et leurs yeux qui ne voient rien qui ne comprennent rien.
Viens m'arrêter parce que je pourrai ne pas dormir de la nuit et rester là avec ma chanson à tuer le monde de mots tout aussi futiles. Parce que j'en fais partie et que j'y contribue. Parce qu'il en faut toujours un ou une qui soit ainsi. A remarquer ce que les autres cachent. Et à en prendre plein la gueule pour pas un rond. Parce que ces gens là je les méprise et ils me fascinent. Parce que je ne peux plus me détacher d'eux. Parce que si je vibre de colère contre eux ils me maintiennent la tête hors de l'eau. Et je leur en veux. D'être dépendante de leurs conneries quand je ne voudrais que les fuir.
12 janvier 2009
Clermontoise Nocturne




Photos : EzeR
22 décembre 2008
L'heure du bilan
N E X T 2008/2009
Comme souvent en fin d'année, il est de bon ton de revenir sur ses découvertes culturelles, comme par peur de ne pas pouvoir enclencher la nouvelle année sans aucun bagage assuré dans les poches.
Mais j'en ai passé du temps à définir mon TOP. Parce que je ne me suis pas souvent sentie en extase cette année. Je n'ai pas eu de réel déclic, comme pour l'année 2007 où Beirut était ma révélation en musique, où Les Chansons d'amour m'avait bouleversé...
Mais soit... Passons en par là.
A la recherche de mes billets de cinéma rangés par dates (oh la maniaque !), je peux mettre quelques points à :
~ Paris, le dernier Klapsich (mais il a surtout une saveur sentimentale qui m'est propre)
~ Bons baisers de Bruges (qui m'aura valu de bons fou rires, et qui a une valeur tout à fait différente vu à Bruxelles après avoir passé la journée à me balader dans Bruges même)
~ La belle personne (parce que Honoré et Garrel)
~ Burn after Reading (terminer l'année par les frères Coen, c'est juste génial)
Il a été bien plus difficile de définir les albums qui m'auront marqué cette année. Mais on peut noter que je me suis sentie exister en écoutant :
~ Alain Bashung : Bleu Pétrole
~ Fleet Foxes : Fleet Foxes
~ Get Well Soon : Rest now weary head you will get well soon
~ Laetitia Sheriff : Games Over
Quant aux livres, je ne suis pas forcément portée par la nouveauté des différentes rentrées littéraires (janvier et septembre), mais cette année, il y a eu la remarquable fresque de Tristan Garcia pour La meilleure part des hommes.
Et en série télévisée, le joli Pushing daisies.
Ceci, c'était pour les nouveautés de l'année.
Mon année à moi, celle où je plonge dans ce qui a déjà été fait, vu, entendu.
C'est comme ça que j'ai REdécouvert Sin City. Que je me suis éclatée devant Slevin. Que j'ai retenu mon souffle pour L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Que j'ai retenu mes côtes face à L'âge des ténèbres. Que j'ai soupiré devant Vivre sa vie. Et enfin que j'ai fantasmé à nouveau sur la moto jaune dans Kill Bill (bon okay lui il est hors concours, puisqu'il fait parti de mes films cultes).
Musicalement, je crois qu'à part Wax Tailor qui m'a fait hurler de plaisir, rien d'autre m'a autant marqué. Peut-être redécouvrir le premier album de Razorlight dans ma discothèque et comprendre pourquoi il était là.
Quant à mes livres... Je me suis fait plaisir en lisant les livres pour enfant de Christophe Honoré et de Kéthévane Davrichewy. Je sais que j'aime toujours autant Sarah Kane. Ma pomme m'a fait découvrir Mélanie Fazi et ses nouvelles que j'aurai voulu avoir ses idées avant. Une palme à la trilogie Millenium qui m'a retenu le souffle pendant deux trop courtes semaines.
Redécouvrir avec joie The L Word et décrocher de Heroes pour la télévision artificielle qu'est mon ordinateur.
Et pour terminer, le single de l'année en transition pour l'année prochaine, en croisant les doigts pour un nouvel album : Gagnants, perdants de Noir Désir.
Et aussi bonne année sur le nouvel Indochine qui s'annonce... Pas si nouveau que ça. Tant pis. Je serai là quand même en 2010 pour la grande fête païenne.
Découvrez Indochine!
14 décembre 2008
Portée disparue ce matin
Le ciel est blanc-gris. On distingue à peine les toits du ciel. Seules les cheminées permettent d'imaginer un certain horizon. Les gros flocons assourdissent les pas, les voix, les rares bruits des voitures qui passent. Les arbres ont accroché leurs fils blancs. Les passants ont le pas pressé pour ne pas craindre de ressembler à des bonhommes de neige.
Je pourrais me porter disparue pour ce matin. Aux absentes. Aux objets trouvés. Peut-être. Ne sortir que pour acheter une couronne de pain et deux croissants. Parce que c'est dimanche et qu'il neige. Certes je n'aurai pas de gros bol de chocolat Van Houten, mais mes papilles gustatives me suffisent à en imaginer le goût amer et sucré avec la peau douce sur le dessus qui fond sous la langue, comme fond la neige difficilement sous les pieds ce matin.
Jane B. est simplement un fabuleux poème. Et le son craquant du vinyle me transporte à des lieux dont personne n'a l'accès à part moi. Je ne donne pas les clefs. Je me garde le privilège de ces moments d'écoute attentive.
Je vais disparaître sous la neige, teint pâle, je n'ai pas de nez aquilin, mais les yeux bleus et les cheveux chatains. Peut-être dormirai-je au bord du chemin, une fleur de sang à la main. En gage de bonheur singulier à ne partager au pluriel sous aucun prétexte.
Je m'abandonne.
Et lorsque la neige surgit j'ai presque envie de croire à l'éternité de l'instant.
Ô la belle oxymore.