10 juillet 2008
Question/Réponse
- Quels sont tes futurs projets ? Tu as trouvé du travail ?
- Je pensais éventuellement me reconvertir dans la décoration des lits conjugaux, spécifiquement, mais je ne suis pas sûre que le rouge sanglant soit très apprécié de mes contemporains.
~ oreille ~ Petites boîtes ~ Graeme Allwright
18 juin 2008
Ma paille et moi
De toute façon, je vous emmerde un peu.
Parce que je sais faire vibrer ma paille avec ma bouche, et c'est le truc le plus cool que je sache faire (hormis mettre ma langue sur mon nez).
Tu vois, je sais aussi faire autre chose qu'attendre bêtement que les choses me tombent tout cru dans la gueule. Ma paille est d'accord avec moi, c'est ma nouvelle grande copine. Elle s'appelle Gertrude. Elle est transparente. Et elle dit rien quand je fais du bruit avec. Que je lui pince le bec ou que je la mordille. Elle est vraiment trop fun ma paille à moi. Même quand j'essaye de la brûler et que ça pue chez moi après, elle dit rien. Elle me laisse faire tout ce que je veux.
Une paille, c'est la liberté.
18 mai 2008
Paris Libre
A partir de demain, j'ai - nous avons - trois jours pour revivre un "Paris Libre" digne de ce nom. S'asseoir à la Madeleine dans les quartiers chics sur un bout de trottoir, y rester sans compter le temps, et attendre qu'un clown de la supercherie marchande nous secoue les puces et nous rende compte du tableau que nous formons.
Trois jours. Après tout juste un an. Quasiment.
Résultat des courses ? Bilan ? Pas grand chose à formuler. Le bilan est faible, les courses sont au ralenti.
En réalité, rien d'accompli au bout d'une année.
Par où est la porte de sortie ?

13 mai 2008
Oups
Rappelé à l'ordre par miss Dimitri, je peux vous dire que je suis encore vivante, c'est déjà ça.
7h00. Inter-douche-café-danette-comté. Attente d'un mail avec un peu beaucoup de trouille au ventre... Hum... On dit merci au voisin !
Sinon, oui, et bien, comment dire. Ca s'est bien passé. Tranquille. Je dirais même assez agréable. Y'a juste certains sujets qu'il ne faut pas aborder, mais ils n'empêchent pas la discussion pour autant. Enfin, voilà. C'est terminé, et c'est tout de même pas prêt de recommencer, donc jusqu'à ce jour je peux respirer normalement. Et je me reprendrai la tête au moment où il le faudra.
Sinon aussi. J'ai envie d'aller visiter Stockholm.
21 avril 2008
Question de timing
Y'a six ans, je passais le bac. Y'a six ans, j'avais 18 ans. Y'a six ans, j'étais déjà blonde aux yeux bleus. Y'a six ans, j'aimais déjà Serge Gainsbourg. Y'a six ans, je faisais chier tout le monde avec.
Maintenant, je me suis calmée.
Y'a cinq ans, je me foutais de la fac. Y'a cinq ans, j'allais pas en cours, j'avais 19 ans. Y'a cinq ans, j'avais des mèches roses, bleues ou blondes décolorées. Y'a cinq ans, je découvrais l'androgynie à travers Bowie et Placebo.
Maintenant, je sais me tenir en place devant les yeux noirs charbonnés au crayon d'un garçon.
Y'a quatre ans, je me foutais toujours de la fac. Y'a quatre ans, j'allais beaucoup au cinéma, j'avais 20 ans. Y'a quatre ans, j'avais encore des mèches roses et blondes. Y'a quatre ans, j'allais voir des films bizarres comme Tiresia et Wild Side avec des transexuels, et j'aimais ça, et je lisais la saga des vampires d'Anne Rice.
Maintenant, je lis toujours les vampires bien plus modernes de Poppy Z. Brite, une auteure transexuelle.
Y'a trois ans, je faisais enfin les études que je voulais. Y'a trois ans, j'arpentais seule ou pas les rues grenobloises, j'avais 21 ans. Y'a trois ans, j'avais des cheveux longs et courts en même temps. Y'a trois ans, je découvrais Arcade Fire, The Kills et Kicks Joy Darkness. Y'a trois ans je faisais encore des conneries aussi grosses que moi.
Maintenant, je me tiens presque à carreaux.
Y'a deux ans, j'obtenais mon DUT. Y'a deux ans, j'aimais encore Grenoble, j'avais 22 ans. Y'a deux ans, j'avais une coupe sage au carré toute blonde aux mèches décolorées blanches. Y'a deux ans, je lisais intensément les Inrocks et j'allais voir Oasis ou The Dresden Dolls en live. Y'a deux ans, je me peinturlurais les ongles en orange de chez Yves Rocher.
Maintenant, je n'aime que le bleu poison de chez Dior.
Y'a un an, je tentais de faire un stage à Rennes. Y'a un an, j'allais beaucoup à Paris, j'avais 23 ans. Y'a un an, j'avais les cheveux longs de ma couleur naturelle. Y'a un an, je me changeais les idées en draguant tout ce qui me passait sous la main. Y'a un an, j'allais voir n'importe quoi au cinéma. Y'a un an, je relisais Bernard-Marie Koltés et Sarah Kane, et j'écrivais beaucoup. Y'a un an, j'ai vu pas mal de fois Indochine en live, j'ai fait beaucoup de train.
Maintenant, je reste à pieds.
Maintenant, je tente de chercher du travail. Maintenant, je passe beaucoup de temps dans ma tête, j'ai 24 ans. Maintenant, j'ai les cheveux d'un carré plongeant, avec la nuque découverte et on peut m'y faire des chatouilles. Maintenant, je vais au cinéma une fois par semaine, le dimanche après-midi. Maintenant, je vais à des concerts toute seule. Maintenant, je rends de compte à personne.
Là tout de suite j'écoute Benny Goodman. Là tout de suite, je mange des pâtes chinoises avec des champignons noirs, du gingembre et des petits pois. Là tout de suite, je bois du thé or. Là tout de suite, je lis Millenium.
Et la vie tranquille, là tout de suite, c'est bien. Avec un peu de papier d'Arménie.
14 avril 2008
v, w, X., y, z...
... et compagnie sont allés voir les Têtes Raides il y a un mois ...
... et ils ont chanté ...

19 février 2008
Le clan des Siciliens
Chacun a des souvenirs particuliers. Chacun emporte avec lui sa mémoire et quelques particules de bonheur. Je cours après les souvenirs, les pensées (voilà pourquoi j'ai instauré les pensées latrines, et que je prévois de mettre en ville des feuilles vierges pour que les inconnus écrivent leurs pensées s'ils le souhaitent). Pas que je vive dans le passé, mais quand le futur est incertain, tatonnant, j'ai tendance, comme beaucoup de gens, à m'accrocher à des souvenirs. Sans pour autant m'enliser dedans. Je ne veux pas de ces "te souviens-tu de ça ?" et "ça, tu t'en souviens ?", parce qu'il me semble alors que non seulement je ne vivrai pas que dans le passé pour moi-même, mais aussi dans le partage et l'échange du souvenir avec la personne qui me pose cette question. C'est un tunnel sans fin que les souvenirs et se les remémorer est aussi agréable que douloureux. Que restera-t-il de chacune de mes relations si je ne fais que me souvenir ? Alors, oui, je me souviens, mais à petite dose.
Enfin toujours est-il que regarder en flash back quelques mémoires non écrites est amusant. Chacun possède son souvenir. Prenons pour exemple ma soirée d'hier soir.
Mon frère est chez moi. Nous écoutions Radio Nova, et passait là le thème musical du Clan des Siciliens par Ennio Morricone. Je demandais alors à mon frère s'il avait vu ce film, et il me répondit que c'était étrange que je ne m'en souvienne pas, puisque c'est avec moi qu'il l'avait vu. Et il me raconta même des souvenirs précis. Je lui avais appris ce jour là à faire des bulles avec les malabar, derrière les volets fermés de notre ancienne maison, alors que nos parents n'étaient pas là. Je lui contais à mon tour mon souvenir lié à ce film. Totalement différent. J'étais avec mon grand-père paternel, petite fille sage apprenant que c'était le film préféré de son grand-père, le regardant fumer en silence, assise en tailleur, j'aimais l'odeur de ses cigarettes, caressant la jaquette verte de la vidéo. J'ai toujours aimé les silences.
Oui, chacun ses souvenirs.
Et plongée que j'étais hier au soir dans certains souvenirs à écouter la radio, je laissais venir à moi d'autres mémoires à mon esprit. Avoir mon frère chez moi me rappelle lorsque moi j'étais chez mon oncle. J'ai l'étrange impression que nous reproduisons le même schéma. Nous parlons peut-être un peu moins musique mais un peu plus cinéma. Quoique... Toujours est-il que le martini a remplacé la bière, que ce n'est plus moi qui suis à l'ordinateur, mais mon frère, que ce n'est plus moi qui attend que la bouffe soit prête, mais mon frère, que ce n'est plus moi qui me sens gênée de squatter, mais mon frère, que ce n'est plus moi qui dort dans un sac couchage. J'aime ses souvenirs là, ils sont précieux. Les silences de mon oncle, ceux de mon frère, les miens. Aucune gêne face à nos silences. Puis parler, un peu, sans déranger l'autre. Juste se sentir bien dans un cocon de tendresse.
Et à l'instant de me coucher, la surprise et un sourire caché derrière mes rideaux parce que mon frère m'aime et me le dit. Et que je présume que ces instants passés avec moi seront aussi importants que ceux que j'ai passé avec mon oncle. Qu'il se souviendra du goût de l'Adelscott, autant que moi je me souviendrai de l'odeur des encens de mon oncle. Qu'il se souviendra du calme ambiant, autant que moi je me souviendrai d'une lumière aseptisée jaunâtre. Qu'il se souviendra de l'odeur des cigarettes, autant que moi de l'odeur de l'herbe. Qu'il se souviendra de notre étreinte d'hier soir, autant que moi je me souviendrai de la tête de mon oncle sur mes genoux et ma main sur son crâne.
Peut-être se souviendra-t-il plus tard que chez moi on écoute Serge Gainsbourg. Parce que moi je me souviens que j'écoute Sonic Youth en pensant toujours à mon oncle. Et que c'est aussi pour ça que je ne peux écouter du jazz que le dimanche matin.
Parce qu'aussi nous avons tous quelque part des modèles. Parce que je soupçonne que je serai pendant un temps celui de mon frère, autant que le fut et l'est encore mon oncle.
Et c'est ainsi que je me souviens que plus jeune j'attendais sa venue dans notre maison, qu'il apporte des disques que je ne connaissais pas. que je copiais sur K7 Björk et Gusgus et que j'étais fière au lycée d'être la seule à les écouter. Peut-être aussi que c'est grâce à lui ou que c'est sa faute si j'aime Jean-Louis Murat, Placebo et Etienne Daho, parce qu'il me faisait lui aussi des K7, en hommage lui-même à un ami de la famille qui lui en faisait lorsqu'il était plus jeune. Voilà pourquoi je trouve amusant de voir mon frère me piquer ma musique sur ordinateur et découvrir des choses qu'il ne connaissait pas.
Parce que c'est transmettre. Et que plus tard, on s'en souvient toute sa vie.
Alors pour le moment, toute cette semaine, je vais continuer à chérir ces souvenirs là de moments passés dans un appart sombre à la moquette gris-bleue et je me sentirai ni mélancolique ni nostalgique, simplement je retrouverai ces sensations que je n'ai jamais perdu et je me sentirai bien.
~ Oreille ~ Rolling ~ Elysian Fields
12 janvier 2008
Même mélancolie fauve
Il y a des choses qui comme ça, en rappelle d'autre. Chiara Mastroianni qui se promène au jardin des plantes, qui chante exactement sa chanson rue Buffon. Et forcément c'est une chanson triste, de celle qui font des trous dans le ventre.
Il y a toujours des petites choses comme ça, de l'incompréhension, des pardons déjà accordés, du manque et de l'absence et aussi un peu de solitude sûrement.
Se battre contre quatre murs. Il y avait quelques années à peine c'était à son tour de s'arracher les cheveux de me faire peur de m'attirer les bras croisés de me manger le cerveau avec satisfaction de me laisser m'étrangler de bonheur.
Mais il n'y a que la peau qui démange, qui gratte, que la narine qui frémit dans le vide. Aucune senteur, si peu de souvenirs.
Je ne sais pas, mais cette chanson me donne envie d'aller dans ce parc, de voir des squelettes de dinosaures, de voir un ciel gris, de porter une grosse écharpe les cheveux coincés, de lever les yeux, de sourire. Que tout soit simple.
Et ce film me donne envie de marcher autour du génie de la Bastille, avec une autre personne, sans même se parler, juste prendre la température extérieure. On le refera encore.
Mais il n'y a rien de tout cela en ce moment.
Tout y sera, tout y sera à part toi...

~ Oreille ~ Au parc ~ Chiara Mastroianni
05 janvier 2008
Trouver quoi dire, les mots difficiles
C'est l'instant des nuits carrillones, ce moment où tout commence dans le flou du noir aux fenêtres où rien ne passe. C'est le T lorsqu'il y a des mots que je ne dis pas à l'intérieur de moi qui se révoltent.
Minuit, l'heure du crime.
Elle sait bien pourtant, mais je ne lui dis pas. Je n'ai rien dit d'autre qu'un stupide arrête égoïste, je me suis retenue au s'il te plaît. Puis tout est sorti en vrac. Les joues brûlantes de l'eau salée dans un lieu inconnu. Rien à serrer. Rien à regarder. Rien pour se faire rassurer qu'un petit mais elle pleure. Deux frimousses enfantines, des yeux inquiets et d'autres affolés. J'ai juste un petit peu peur. Et je ne sais pas la rassurer. Je ne sais même pas si elle le veut. L'incapacité. La fureur.
Des éoliennes lointaines bougent des bras blancs, la vue trouble et le souffle en cascade. Reprendre une bonne figure. Ne surtout pas penser. Et la petite dans les jambes qui s'accrochent arrête, ne pleure plus. Ah bah oui, c'est si facile à dire. Mais moi j'ai juste peur. Et en fait je n'y connais rien. Je suis une incapable face à son propre chagrin. Pas l'habitude il faut dire. La blindée, l'écorchée vive de l'intèrieur, celle qui ne dit rien mais dont il faut tout deviner par petites touches limpides. Alors avancer à pas menus pour la découvrir et tomber sur ça. Sur ses barrières qui s'effondrent. En être autant choquée que la nouvelle du jour. Et s'en sentir toute petite et minable de ne pas avoir vu tout ce qu'elle renfermait.
Les manèges sont terminés. Le poker a été replié. Il faut maintenant compter les tours gagnants et les jetons à la caisse. Corps déployés de mille et une douleur. Une seule, toute petite. Qui se cache, elle aussi. La méchante. A l'intérieur elle fait son chemin, elle se creuse. Et j'ai peur. Parce qu'alors si elle enlève ses barrières, tout va lui être mangée de l'intérieur, toutes ses défenses qu'elle a accumulé au fil des ans seront noyées par les flots internes. Et j'aurai beau ramer, rien ne sera plus pareil.
Alors je ne pense pas à mes sourires frigides et mes bras qui se retiennent toujours de la toucher quand elle, elle le fait, parce que j'ai peur de la casser. Et de me casser, à mon tour. Les mille morceaux épars dans le vent, par la fenêtre, comme la volute d'une fumée qui se sépare de ma bouche.
Alors je te demande pardon d'avoir fermé les yeux. Dorénavant, ils seront grands ouverts. Même si parfois ils baigneront un peu dans le flou des flots des paupières combatives au moindre mouillé qui pourrait surgir entre mes cils.
~ Oreille ~ Intermezzo bright violet euphoria ~ Cinema Strange
17 octobre 2007
Je le dis quand même
Je pourrai vous parler de mon déménagement, mais à part dire que je fais des cartons, qu'on m'achète des nouveaux objets, que je fais des courants d'air dans ma tête, ce n'est pas bien intéressant.
Je pourrai vous parler du numéro 11, mais je serai trop tentée de m'énerver et ce n'est pas bon pour les courants d'air, ça fait claquer les portes après. Je peux juste dire que lui et moi on ne s'aimait déjà pas beaucoup, pour cause de combinaison de chiffres impairs, mais j'avoue que maintenant, je ne vais lui donner que de l'indifférence après un mépris innomable...
Je pourrai vous parler de la lettre que je vais écrire aux Inrocks pour leur expliquer pourquoi je me désabonne. Premier indice : cette nuit j'ai cauchemardé que leur prochaine couv' était cette débile Kate Moss. Mais faudrait ne pas en rire et surtout ne pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Si ça arrive, je vous fais un tirage de carte gratos !
Je pourrai vous dire que quelqu'un se fiche de moi, que ça fait mal d'être prise pour être autre chose qu'on voudrait être. Mais là encore, ça n'aurait pas grand intérêt. Si ce n'est de se plaindre en diagonal.
Je pourrai aussi vous parler de mon idée d'écriture, mais je préfère la garder pour moi, la tester, l'emmener au bout, voir ce que ça peut donner, voir si j'y arrive, voir si ça peut m'occuper aussi, voir si ce "don" que tout le monde me donne veut dire quelque chose pour moi, et surtout si je peux en faire quelque chose.
Je pourrai aussi vous parler de la voix de velours de Victoria Tibblin, mais franchement, j'ai pas que ça à foutre de vous conseiller en musique et je m'invente pas critique musical pour les beaux yeux de mes quelques lectrices. Vous n'avez qu'à écouter vous-même, bande d'enfants qu'il faut sans cesse prendre par la main.
Je pourrai aussi vous dire que je ne suis plus qu'à moitié agacée contre les autres, c'est bien trop fatiguant et puis ça ne change rien, si ce n'est que j'ai besoin de dormir plus pour mes pauvres nerfs malmenés.
Je pourrai dire que je vais retourner plus régulièrement au cinéma, et acheter moins de disques, parce que plus rien ne me plaît, ceux que j'ai dans mes étagères me suffisent pour l'instant.
Je pourrai vous dire que les courants d'air, c'est la plus jolie chose qui me soit arrivée ces derniers temps.
~ Oreille ~ Don't leave ~ Victoria Tibblin